La raison ne fait guère mystère : protéger la compagnie nationale. L'intention est louable. Le résultat, beaucoup moins. Une flotte resserrée, un bilan fragile malgré l'injection publique de fonds au sortir de la voluntary administration, et en face, une stratégie qui consiste à bloquer l'autre plutôt qu'à se renforcer soi-même. On ne défend pas un pavillon en le tenant à l'abri de tous les vents ; on le défend en le faisant voguer. Pendant ce temps, les quarante-cinq pays qu'on refuse de servir apprennent, eux aussi, à se passer de nous.
Ce n'est pas un mal d'aujourd'hui. Il traverse les mandats comme une fièvre qui ne dit jamais tout à fait son nom. Sous un précédent ministre, Steven Obeegadoo, l'idée que la connectivité fût une affaire de survie nationale — et non de simple tourisme — se heurtait déjà aux prudences feutrées des réunions interministérielles. Aujourd'hui, c'est Richard Duval, l'actuel ministre du Tourisme, insiste aussi sur l’ouverture et porte ce même verbe jusque dans les enceintes internationales, avec la conviction de ceux qui savent où se trouve l'avenir. Mais la décision, elle, continue de lui échapper.
L'arrivée d'Ethiopian Airlines n'est pas un aboutissement. C'est un test, et pour l'instant un test garanti trois mois. Elle prouve qu'un dialogue patient, mené sur plusieurs années — celui qui a permis l'entrée de Vistara, puis d'Air India et d'IndiGo, puis d'ITA Airways après deux ans de négociation — finit par payer. Elle prouve aussi que ce dialogue reste otage d'un arbitrage qui se noue ailleurs, loin des discours.
Protéger un pavillon national et l'isoler du monde qui pourrait le faire vivre : ce ne sont pas deux voies équivalentes. L'une regarde vers le port. L'autre regarde vers le large. Maurice n'a pas encore choisi laquelle est vraiment la sienne.
Jean-Joseph Permal
Rédacteur-en-chef
(1) Exploités des fois en code share, pas en vol direct