Vingt-cinq ans de carrière au sein du même groupe hôtelier, une ascension progressive du Paradis au Canonnier Beachcomber Golf Resort & Spa : Sonia Duval incarne cette génération de femmes mauriciennes qui ont su imposer leur légitimité dans l'hôtellerie de luxe. Sans jamais invoquer les obstacles liés à son genre, cette professionnelle accomplie a construit son parcours sur la constance, l'engagement et une vision profondément humaine du leadership. Rencontre avec une Hotel Manager pour qui l'excellence n'est pas un slogan, mais une exigence quotidienne.
Depuis septembre 2025, Sonia Duval est Hotel Manager au Canonnier Beachcomber Golf Resort & Spa, après avoir gravi tous les échelons d'une carrière exemplaire. Du Paradis au Trou aux Biches, du Victoria jusqu'au Canonnier, elle a sculpté sa légitimité dans la durée, avec la patience de l'artisan et la détermination de celle qui sait où elle va.
« Mon métier consiste à imaginer, créer et garantir une Expérience Client irréprochable », résume-t-elle. Derrière cette formule se cache une réalité complexe : fédérer des équipes cosmopolites, maintenir des standards d'excellence intransigeants, jongler entre performance financière et authenticité de l'accueil, tout en incarnant les valeurs qui ont fait de l'hospitalité mauricienne un art de vivre.
Ce qui frappe chez Sonia Duval, c'est sa capacité à parler de son métier sans jamais tomber dans la complainte genrée. Lorsqu'on l'interroge sur les difficultés rencontrées en tant que femme dans l'hôtellerie, elle répond simplement : « Je n'ai jamais eu l'impression de devoir fournir davantage d'efforts qu'un homme pour être reconnue. Ce sont la manière de travailler, la constance et les résultats qui font la différence. »
Cette professionnelle ne se contente pas de gérer un établissement. Elle s'inquiète de voir les jeunes Mauriciens bouder l'hôtellerie et plaide pour une revalorisation collective des métiers du tourisme, cette industrie qui « soutient des milliers de familles et façonne l'avenir de notre île »
Mère, épouse, dirigeante, Sonia Duval refuse les étiquettes tout en assumant ses multiples identités. Son secret ? Une présence totale à chaque instant, une capacité à être « pleinement là où elle est ». Philosophie simple en apparence, redoutablement efficace dans les faits.
Dans un monde où l'on aime les récits de combat fracassants, son parcours détonne par sa tranquille assurance. Cette femme discrète incarne peut-être la plus grande des avancées féminines : celle qui consiste non plus à prouver sa légitimité, mais simplement à l'exercer.
1.En quoi consiste votre métier ?
Mon métier de Hotel Manager consiste à imaginer, créer et garantir une Expérience Client irréprochable, tout en veillant à une fluidité opérationnelle parfaite au quotidien. Je m’attache à fédérer nos équipes, à garantir la qualité du service et à assurer une gestion maîtrisée de nos ressources, tout en veillant à la performance financière, à la satisfaction de nos hôtes et au respect des standards du Groupe. C’est un rôle à la fois stratégique, profondément humain et opérationnel, où chaque détail, aussi infime soit-il, devient l’expression d’un geste d’attention.
Ma mission et chacune de mes décisions, s’appuient sur les 4 valeurs de Beachcomber – Respect, Lakorite, Évolutio et Excellence. Le Respect, essentiel dans nos relations avec nos hôtes comme avec nos Artisans. Lakorite, cette harmonie singulière qui inspire notre manière de travailler ensemble, dans une atmosphère de confiance et de bienveillance. L’Évolution, qui nous pousse à apprendre continuellement, à nous améliorer et à innover. Et l’Excellence enfin, qui nous engage à offrir le meilleur de nous-mêmes et à créer des expériences authentiques et mémorables.
Ces valeurs sont bien plus que des principes: elles façonnent notre culture, notre hospitalité mauricienne et la manière dont nous rendons chaque séjour véritablement unique.
2.Pourquoi avez-vous choisi le tourisme et quel est votre parcours professionnel?
J’ai choisi le tourisme parce qu’il incarne pour moi l’équilibre idéal entre l’humain, la découverte et la création d’expériences. C’est un univers où chaque rencontre a du sens, où chaque détail reflète une attention sincère et où l’on contribue au bonheur et au bien-être des autres. Très jeune, j’ai su que je voulais évoluer dans un environnement vivant, inspirant et profondément tourné vers les relations humaines.
J’ai eu la chance de débuter ma carrière au sein du Groupe Beachcomber il y a 25 ans, avec un stage de management au Paradis Beachcomber Golf Resort & Spa, avant de poursuivre en tant que Front Office Manager au Trou aux Biches Beachcomber Golf Resort & Spa, une étape qui a été un véritable tremplin.
J’ai ensuite évolué pendant de nombreuses années au Victoria Beachcomber Resort & Spa, où j’ai occupé plusieurs fonctions avant d’être nommée Rooms Division Manager puis Executive Manager.
Ce parcours m’a permis de grandir, d’apprendre, de me dépasser et de développer une vision globale, humaine et opérationnelle de l’hôtellerie. En septembre 2025, j’ai eu l’honneur d’être nommée Hotel Manager du Canonnier Beachcomber Golf Resort & Spa, une étape à la fois professionnelle et personnelle particulièrement significative. »
3.Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l'exercice de votre métier ?
Je n’emploierais pas le mot difficultés. Je parlerais plutôt de défis qui font partie du quotidien, comme dans n’importe quelle profession. Et ce serait aussi mentir de dire que tout a toujours été simple car dans tous les métiers, il y a des moments plus exigeants que d’autres, et cela fait partie du parcours naturel d’une carrière.
L’un de ces défis est de gérer l’imprévu au jour le jour. Dans un hôtel, chaque journée apporte son lot de situations uniques : une demande particulière, un ajustement opérationnel, un événement de dernière minute… Il faut savoir garder son calme, analyser rapidement et trouver la solution la plus harmonieuse possible.
Un autre aspect important concerne l’accompagnement des Artisans. Nous travaillons avec des personnalités et des parcours très différents et il est essentiel de maintenir une cohésion solide, de préserver Lakorite et de placer le Respect au cœur de nos interactions. Cela demande de l’écoute, de la proximité et une réelle capacité d’adaptation.
Enfin, je constate avec un peu de regret que de nombreux jeunes Mauriciens s’orientent aujourd’hui moins naturellement vers l’hôtellerie, alors qu’il s’agit de professions passionnantes, formatrices et porteuses d’avenir. Cette tendance nous conduit, à ce stade, à faire appel à une main-d’œuvre étrangère pour soutenir nos opérations.
Je suis convaincue que nous avons collectivement un rôle à jouer pour encourager les jeunes à découvrir la richesse de nos métiers : parents, écoles, institutions, professionnels du secteur et médias. L’hôtellerie offre bien plus qu’un emploi : une évolution, des compétences transversales, une ouverture sur le monde et surtout la fierté de mettre en lumière notre pays et de créer des souvenirs inoubliables pour ceux qui nous choisissent.
Et puis, n’oublions pas l’impact fondamental du tourisme à Maurice : un pilier de notre économie, qui soutient des milliers de familles et façonne l’avenir de notre île.
4.Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait faire la même carrière que vous ?
Je lui dirais d’y aller sans hésiter. L’hôtellerie est un métier extraordinaire, rempli d’opportunités et d’expériences humaines qui marquent une vie. Si tu aimes le contact, si tu es curieux, si tu veux évoluer et apprendre chaque jour, alors ce domaine est fait pour toi. Il faut de la passion, de la patience et de la détermination, mais chaque effort en vaut la peine. L’important est de rester soi-même, de travailler avec cœur et de croire en son potentiel.
C’est un métier qui peut vraiment t’emmener loin, professionnellement, mais aussi personnellement.
5. Pensez-vous que le rôle de la femme est suffisamment valorisé dans le tourisme ?
Je pense qu’aujourd’hui, les femmes évoluant dans le secteur du tourisme ont démontré pleinement leurs capacités et leur professionnalisme. Elles ont prouvé qu’elles peuvent gérer des équipes, porter des projets ambitieux, prendre des décisions structurantes et occuper des postes de leadership avec assurance et légitimité.
Est-ce que le rôle de la femme est suffisamment valorisé ? Je dirais que des progrès importants ont été accomplis, mais qu’il reste encore du chemin. Le tourisme est un secteur où les femmes sont nombreuses. Ce qui me réjouit particulièrement, c’est de voir de plus en plus d’entre elles oser, se former, se positionner et prendre leur place sans s’excuser.
L’enjeu aujourd’hui est de continuer à encourager, accompagner et valoriser ce leadership féminin, car il représente une richesse précieuse pour notre industrie. Nous devons continuer à ouvrir des perspectives, à renforcer la confiance et à soutenir les parcours. C’est ainsi que nous ferons avancer notre profession, en permettant à chacun et à chacune d’exprimer son plein potentiel.
6.Avez-vous le sentiment que vous devez faire deux fois plus qu'un homme pour vous imposer dans votre métier ?
Pour ma part, je ne l’ai jamais ressenti ainsi. Je n’ai pas eu l’impression de devoir fournir davantage d’efforts qu’un homme pour être reconnue ou m’imposer.
Dans mon expérience, ce sont surtout la manière de travailler, la constance, la fiabilité et les résultats qui font réellement la différence.
Lorsque l’on avance avec engagement et cohérence dans ses décisions, on gagne naturellement le respect de ses équipes et de ses collègues. Ce respect se construit sur le terrain, au quotidien, à travers la façon dont on gère les situations, dont on accompagne les autres et dont on assume ses responsabilités.
Cela ne veut pas dire que tout a toujours été simple, aucun parcours ne l’est, mais je n’ai jamais eu le sentiment que cela dépendait d’une comparaison entre hommes et femmes. J’ai choisi de me concentrer sur mes missions, sur ce que je pouvais apporter et sur ma manière de faire, sans laisser la question du genre définir ma place ou mon évolution.
Et parfois, lorsque ce type de question revient, je me dis que l’essentiel serait peut-être de recentrer les échanges sur les compétences, le parcours et le professionnalisme de chacun. Car au fond, notre secteur fonctionne aussi grâce à une complémentarité naturelle entre les hommes et les femmes, chacun apportant son style, sa sensibilité et sa force. Et c’est cette diversité qui, selon moi, enrichit véritablement notre métier.
7. Comment arrivez-vous à concilier votre travail avec votre rôle de femme/mère/épouse ?
Comme beaucoup de femmes, je jongle entre plusieurs responsabilités, et je pense que l’équilibre se construit chaque jour. Il n’est jamais parfait, mais il est tout à fait possible avec de l’organisation et une bonne gestion des priorités.
Je veille simplement à être pleinement présente là où je suis : engagée dans mon travail lorsque je suis à l’hôtel, et disponible pour ma vie personnelle lorsque je suis chez moi. Avec le temps, j’ai trouvé un rythme qui me permet de concilier les deux.
8. Avez-vous un rôle model (local ou international) ?
Je dirais que j’ai eu la chance de travailler avec plusieurs responsables et directeurs au cours de ma carrière. À chaque étape, j’ai choisi de garder ce qui me semblait le plus productif pour moi : une manière de gérer une équipe, une approche du service, une attitude face aux défis, une vision du leadership.
J’ai construit mon propre style en observant, en apprenant et en retenant ce qui pouvait m’aider à avancer, pour ma carrière comme pour mon avenir.
10. Gourmande ou gourmet ?
Un peu des deux ! J’aime autant le plaisir simple d’un bon plat généreux que la finesse d’une cuisine plus travaillée. Pour moi, la cuisine est avant tout une expérience : elle peut être réconfortante, surprenante ou raffinée… et j’apprécie chaque forme de plaisir qu’elle offre.
11. Quelle a été, pour vous, la plus grande avancée féminine de ces 10 dernières années ?
Pour moi, la plus grande avancée de ces dix dernières années est la confiance que les femmes ont gagnée, autant dans leur vie professionnelle que personnelle. Elles osent davantage exprimer leurs ambitions, prendre des responsabilités, assumer leurs choix et défendre leur place sans culpabilité.
Mais cette évolution ne se limite pas au travail. Dans leur vie personnelle aussi, les femmes s’affirment davantage : elles prennent des décisions plus libres, suivent leur propre rythme, savent dire non, se respectent plus et s’accordent le droit de construire une vie qui leur ressemble vraiment. Elles ne cherchent plus à répondre à une image, mais à être en accord avec elles-mêmes.
Cette double progression, dans la carrière et dans la vie personnelle, montre une nouvelle génération de femmes plus fortes, plus autonomes, plus conscientes de leur valeur. Et c’est, à mes yeux, l’avancée la plus marquante et la plus porteuse pour l’avenir.
12. Quelle est la place du sport dans votre vie ?
Je ne suis pas une grande sportive et je l’assume volontiers. Mais j’essaie de rester active à ma façon : marcher, bouger, prendre l’air, accompagner mon fils dans ses activités… Pour moi, l’important est surtout de garder un bon équilibre et d’entretenir une certaine énergie au quotidien.
13. Le dernier livre que vous avez lu ?
J’avoue ne pas être une grande lectrice. Je lis surtout des articles, des dossiers professionnels, ou des contenus liés à mon métier et au développement personnel. J’aime apprendre de cette manière, à mon rythme et en fonction de ce qui m’inspire sur le moment.
14. Quel est l'endroit que vous préférez le plus à Maurice ?
Le Nord, l’Ouest, l’Est ou le Sud… tous offrent des paysages uniques et des émotions différentes. Ce que j’aime le plus, finalement, c’est cette richesse et cette variété qui font de Maurice un endroit exceptionnel à vivre et à découvrir.