Un symbole littéraire au cœur du jardin le plus ancien de l'hémisphère Sud
Il y a des lieux qui résistent au temps, non par leur robustesse matérielle, mais par la force des récits qui les habitent. La statue Paul & Virginie, nichée au cœur du Jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam de Pamplemousses, est de ceux-là. Inspirée du roman éponyme de Bernardin de Saint-Pierre, publié en 1788, elle condense en bronze l'un des mythes fondateurs de l'imaginaire mauricien — celui d'un amour pur, d'une île paradisiaque et d'une fidélité tragique face aux conventions sociales.
Figurant parmi les œuvres les plus photographiées de l'île, la statue accueille chaque année des milliers de visiteurs qui y cherchent, souvent sans pouvoir le formuler, un point de contact entre la mémoire collective et le présent. Son état de dégradation progressive menaçait cette fonction de lien. C'est dans ce contexte que SummerTimes a décidé d'intervenir.
GreenTimes, au-delà de l'environnement
Fondé à Quatre-Bornes, avenue Bernardin de Saint-Pierre — la coïncidence toponymique n'a pas manqué d'être relevée —, SummerTimes a engagé les travaux de restauration dans le cadre de son programme GreenTimes. Si l'initiative est souvent associée à des actions environnementales au sens strict, elle embrasse désormais une définition élargie de la durabilité, intégrant la conservation du patrimoine culturel et bâti.
La restauration a été conduite sous la supervision scientifique du Dr Jean Claude Autrey, chercheur reconnu, en partenariat avec le Rotary Club de Port Louis. Ce triptyque — opérateur touristique, expert scientifique, réseau civique — témoigne d'une approche transversale, loin du mécénat d'image à laquelle se résume trop souvent l'engagement patrimonial des entreprises privées.
« Préserver ce qui fait la singularité de Maurice, c'est aussi préserver ce que nos visiteurs viennent chercher ici, souvent sans même pouvoir le nommer. Ce projet s'inscrit dans cette logique de responsabilité partagée. » souligne Laura Hitié, DG de SummerTimes
Quand le tourisme assume une responsabilité de transmission
La portée symbolique de ce chantier dépasse la simple remise en état d'une sculpture. En intervenant sur un site classé, SummerTimes pose une question structurelle que le secteur touristique mauricien tarde encore à formuler collectivement : qui, en dehors des pouvoirs publics, a vocation à financer la pérennité des lieux qui constituent le substrat même de l'attractivité insulaire ?
Le Jardin de Pamplemousses — plus de 800 espèces végétales, fondé au XVIIIe siècle par Pierre Poivre — est un argument touristique de premier rang, dont la fréquentation bénéficie directement aux opérateurs de l'île. L'idée que ceux qui tirent profit d'un patrimoine contribuent à son entretien relève d'une logique économique aussi bien qu'éthique. La démarche de SummerTimes illustre concrètement ce principe.
Une stratégie qui s'inscrit dans la durée
Laura Hitié l'indique sans ambiguïté : GreenTimes a vocation à s'étendre bien au-delà de ce premier projet patrimonial. Éducation, santé, expériences touristiques responsables — l'agenda du groupe dessine une politique d'engagement territorial qui entend sortir la responsabilité sociale d'entreprise de son rôle ornemental pour en faire un levier opérationnel.
À l'heure où les voyageurs exigent davantage de cohérence entre le discours des opérateurs et leurs actes, cette restauration offre une réponse tangible. Elle rappelle, en creux, que le patrimoine n'est pas une décoration du tourisme, mais l'une de ses matières premières les plus précieuses — et les plus fragiles.