Le gouvernement mauricien inscrit les industries créatives et la préservation du patrimoine au cœur de son Budget 2026-27, avec un ensemble de mesures destinées à professionnaliser le secteur artistique et à moderniser la gestion des sites culturels.
Reconnaissance statutaire des artistes
La mesure la plus structurelle concerne le statut des créateurs. Des amendements législatifs sont prévus pour reconnaître formellement les artistes en tant que travailleurs culturels, leur conférant ainsi une protection et une légitimité professionnelle jusqu'ici absentes du cadre légal mauricien. Cette reconnaissance, réclamée de longue date par les milieux artistiques, conditionne l'accès à des mécanismes de protection sociale et de financement institutionnel.
Un hub artistique et un musée national
Le projet le plus visible est la création d'un Artistic and Cultural Hub, conçu pour regrouper en un même lieu plusieurs institutions aujourd'hui dispersées : un Musée national, une zone artistique et culturelle, ainsi qu'un centre d'interprétation. Sa mise en œuvre sera assurée en partenariat avec le secteur privé, selon une formule dont les modalités précises restent à définir.
Musée d'Histoire Naturelle de Port-Louis
Permis culturels : un guichet unique en 15 jours
Le secteur événementiel bénéficiera d'un mécanisme de guichet unique pour le traitement des permis, avec un délai plafonné à quinze jours. Cette simplification administrative répond à une difficulté récurrente pour les organisateurs d'événements culturels et artistiques, souvent confrontés à des procédures longues et dispersées entre plusieurs instances.
30 millions pour les artistes, via les fonds Lotto
Un Creative Arts and Cultural Development Programme sera lancé avec une dotation initiale de 30 millions de roupies puisées dans les fonds de la loterie nationale. L'enveloppe vise à accompagner les artistes à différentes étapes de leur parcours — création, diffusion et accès aux marchés. Le programme s'adresse à l'ensemble du spectre créatif, sans segmentation sectorielle annoncée à ce stade.
La Biennale de l'Océan Indien en ligne de mire
À l'horizon régional, le ministère des Arts et de la Culture engagera les préparatifs de la Biennale de l'Océan Indien, prévue en septembre 2027. L'événement est conçu comme une vitrine internationale pour les artistes locaux et un vecteur d'échange culturel à l'échelle de la région.
Mahébourg et Le Morne : deux chantiers patrimoniaux
Sur le front du patrimoine, deux sites majeurs feront l'objet d'investissements significatifs. Le Musée d'Histoire nationale de Mahébourg sera entièrement réhabilité pour un montant de 100 millions de roupies, financé par les recettes de la loterie nationale. Le Morne Cultural Landscape, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, recevra quant à lui une enveloppe de 124 millions de roupies sur trois exercices financiers, destinée à améliorer l'expérience des visiteurs et la mise en valeur du site.
Aapravasi Ghat
Un véhicule dédié et un Fonds du patrimoine restructuré
Le gouvernement annonce également la création d'une entité dédiée à la réhabilitation, la gestion et la promotion des sites patrimoniaux, qui mobilisera des financements locaux et en provenance de pays amis. En parallèle, le National Heritage Fund sera restructuré pour renforcer son rôle de régulation et de contrôle — une réforme de gouvernance dont les contours précis restent à préciser.
Ces mesures dessinent, dans leur ensemble, une politique culturelle plus volontariste que les exercices budgétaires précédents. Leur cohérence à long terme dépendra toutefois de la capacité des institutions à traduire ces allocations en projets opérationnels dans des délais raisonnables.

