jeudi 15 octobre 2026 Facebook · Instagram · LinkedIn · Newsletter
Talents Mauriciens - Oct 2026
Île Maurice Tourisme

ÎLE MAURICE TOURISME

15 octobre, 2026

Paroles d'artiste / Niticha Parsand-Goffart, la toile comme territoire intérieur

Chez Niticha Parsand-Goffart, la toile est moins une surface qu'un territoire intérieur. S'y rencontrent, couche après couche, la lumière de Maurice, la mémoire des origines, les émotions et les traces que laisse le voyage. De New York à Tokyo, de Paris à Venise, son World Art Tour porte cette identité mauricienne au-delà de l'île — non comme un souvenir que l'on exhibe, mais comme une langue que l'on parle. Avec Cerulean Wearable Art, sa peinture quitte aussi le cadre pour dialoguer avec le corps, la matière et le mouvement.


Paroles d'artiste / Niticha Parsand-Goffart, la toile comme territoire intérieur

Portrait

Il y a, dans la peinture de Niticha Parsand-Goffart, une géographie intime. L’île Maurice en constitue le point d’ancrage : ses couleurs, sa lumière, l’océan, et cette coexistence des cultures qui fait le grain même du pays. Mais cette géographie ne connaît pas de frontières fixes. Elle se déplace, se recompose au contact des villes traversées, des regards rencontrés et des émotions recueillies en chemin. Ses toiles, elle les signe d’un simple « Nit ».

L’artiste ne part pas nécessairement d’une image arrêtée. Une couleur, un souvenir, une sensation ou une rencontre peuvent suffire à faire naître l’œuvre. La toile se construit ensuite dans un dialogue instinctif entre les matières, les superpositions et les contrastes — une peinture qui s’écoute autant qu’elle se regarde. Niticha Parsand-Goffart ne cherche pas seulement à représenter : elle cherche à faire ressentir.

Cette même volonté anime son World Art Tour, qui a conduit son univers de Maurice vers New York, Madrid, Tokyo, Paris, Londres, Los Angeles, Venise et Rome. Le voyage n’efface jamais l’origine ; il lui offre de nouvelles résonances. Avec Cerulean Wearable Art, sa recherche franchit une autre frontière encore : celle qui sépare traditionnellement la peinture du vêtement. L’œuvre quitte le mur ; elle devient matière vivante, portée par le corps, rendue au mouvement.

Dans cet entretien, Niticha Parsand-Goffart parle de création, de doute et de persévérance. Elle convoque Frida Kahlo et Léonard de Vinci, interroge la place des femmes dans l’art, évoque ce territoire intérieur que l’on emporte avec soi. Elle formule surtout une conviction : l’art mauricien ne doit pas seulement être regardé comme l’expression d’une île, mais comme une voix capable de parler au monde.

Les vingt questions

01Si vous deviez vous présenter, que diriez-vous ?

Je suis Niticha Parsand-Goffart, artiste peintre mauricienne. Mon travail est profondément lié à mes émotions, à mes racines et à la richesse culturelle de l’île Maurice. Je crée avec l’envie de raconter des histoires, de transmettre des émotions et de faire voyager le regard au-delà de la toile.

Au fil des années, mon art m’a également permis de voyager à travers le monde. Mon World Art Tour m’a menée dans plusieurs grandes villes, notamment New York, Madrid, Tokyo, Paris, Londres, Los Angeles, Venise et Rome. Pour moi, chaque destination est une nouvelle rencontre, une nouvelle énergie et une nouvelle source d’inspiration.

02Y a-t-il eu un moment décisif où vous avez choisi de suivre votre voie d’artiste ?

Je pense que ce choix s’est construit progressivement. L’art a toujours été une partie essentielle de moi, mais il y a eu un moment où j’ai compris que je ne voulais plus simplement peindre : je voulais faire de l’art mon langage et ma manière de communiquer avec le monde.

J’ai alors décidé de croire pleinement en ma vision artistique, même lorsque le chemin était incertain. Depuis, chaque exposition, chaque voyage et chaque rencontre a renforcé cette conviction.

« Cette œuvre vient de Maurice, mais elle parle au monde entier. »

03Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

Je commence rarement avec une idée complètement définie. Une émotion, une couleur, une rencontre, un souvenir ou simplement quelque chose que j’observe peut devenir le point de départ d’une œuvre.

Je laisse ensuite la peinture évoluer naturellement. Je travaille beaucoup avec les couleurs, les matières, les superpositions et les contrastes. J’aime lorsque l’œuvre garde une part de spontanéité et permet à celui qui la regarde d’y trouver sa propre histoire.

Pour moi, peindre, c’est avant tout ressentir. Je ne cherche pas uniquement à représenter quelque chose, mais à créer une émotion.

04Pour quelle œuvre aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous ?

J’aimerais que l’on se souvienne de moi à travers l’ensemble de mon parcours plutôt qu’à travers une seule œuvre. Mais s’il fallait choisir, je souhaiterais que ce soit une œuvre qui représente mon identité, mon île Maurice et cette volonté de faire voyager l’art mauricien à travers le monde.

Mon plus grand souhait est que l’on puisse regarder mon travail et se dire : « Cette œuvre vient de Maurice, mais elle parle au monde entier. »

C’est finalement ce que représente mon World Art Tour : porter une partie de Maurice avec moi et la faire découvrir, à travers mon art, aux quatre coins du monde.

05Comment définiriez-vous la beauté ?

Pour moi, la beauté se trouve dans ce qui est authentique. Elle n’a pas besoin d’être parfaite. Elle peut être dans une émotion, un regard, une imperfection, une couleur, un paysage ou simplement dans une histoire que l’on ressent.

En tant qu’artiste, je trouve particulièrement beau ce qui provoque une émotion et qui continue à vivre dans notre esprit après l’avoir regardé.

06Y a-t-il une photographie, une peinture ou une œuvre qui vous inspire particulièrement ?

Il y en a beaucoup, mais les œuvres de Frida Kahlo me touchent particulièrement. J’aime sa manière de transformer son vécu, ses émotions et ses blessures en une expression artistique extrêmement personnelle.

Elle me rappelle que l’art peut être une manière de raconter qui nous sommes, sans avoir peur de montrer notre sensibilité.

« Peut-être est-ce là que commence véritablement l’art : dans la capacité de voir autrement. »

07Quel est votre plus grand plaisir dans la vie ?

Créer et partager. J’aime le moment où une idée devient une œuvre, mais j’aime encore plus lorsque cette œuvre quitte mon atelier et rencontre quelqu’un.

Voyager, découvrir de nouvelles cultures et rencontrer des personnes à travers mon art est également un immense plaisir. Mon World Art Tour m’a permis de vivre cela dans plusieurs villes du monde, et chaque rencontre a enrichi ma vision de l’art.

08Quel artiste, mauricien ou étranger, du passé aimeriez-vous rencontrer ?

Léonard de Vinci. J’aurais aimé m’asseoir quelques instants à ses côtés, non pas seulement pour parler de peinture, mais pour comprendre cette curiosité infinie qui habitait son esprit.

Il regardait le monde comme un mystère à découvrir : un sourire, une ombre, un mouvement, une lumière pouvaient devenir une source de création.

J’aurais aimé savoir ce qu’il voyait derrière ce que nous ne faisons que regarder. Peut-être est-ce là que commence véritablement l’art : dans la capacité de voir autrement.

09Comment le monde numérique ou la technologie intervient-il dans votre travail ?

Le numérique est aujourd’hui un outil important pour un artiste. Il me permet de partager mes œuvres, de raconter mon parcours et surtout de faire voyager mon art bien au-delà de Maurice.

Les réseaux sociaux m’ont également permis de montrer les différentes étapes de mon World Art Tour et de créer des liens avec des personnes que je n’aurais peut-être jamais rencontrées autrement.

Mais malgré toute cette technologie, la création reste pour moi profondément humaine. La peinture, la matière, le geste et l’émotion restent au cœur de mon travail.

10Avez-vous déjà entièrement remis en question votre carrière artistique ?

Oui, comme tout artiste, j’ai connu des moments de doute. Il y a eu des périodes où je me suis demandé si j’étais réellement sur le bon chemin.

Mais avec le temps, j’ai compris que le doute fait aussi partie du parcours artistique. Il nous oblige à évoluer, à chercher, à prendre des risques et parfois à nous réinventer.

Aujourd’hui, je ne cherche plus à savoir si mon parcours est parfait. Je cherche simplement à continuer à créer, à évoluer et à faire voyager mon art le plus loin possible.

11Quelle est votre routine lorsque vous travaillez ?

Je commence souvent par observer, ressentir et laisser venir l’idée avant de toucher à la toile. Je travaille beaucoup à l’instinct : la musique, les couleurs, les émotions et parfois même le silence m’accompagnent.

Une fois plongée dans une œuvre, je peux perdre complètement la notion du temps. Pour moi, peindre est un dialogue entre ce que je ressens et ce que la toile veut devenir.

12Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste qui voudrait suivre vos pas ?

Ne cherchez pas à devenir quelqu’un d’autre. Cherchez votre propre voix. Expérimentez, osez vous tromper, recommencez et surtout, ne laissez personne vous faire croire que votre différence est une faiblesse.

L’art demande du talent, mais encore plus de courage, de patience et de persévérance.

« Une voix née d’une petite île peut voyager très loin et trouver sa place sur la scène internationale. »

13Pourquoi aimez-vous ce que vous faites ?

Parce que l’art me permet de transformer une émotion en quelque chose que les yeux peuvent voir et que le cœur peut ressentir.

J’aime créer des œuvres qui voyagent, qui rencontrent des cultures différentes et qui racontent une partie de mon île, de mon parcours et de mon imaginaire. Quand une personne regarde une de mes œuvres et ressent quelque chose, même sans connaître mon histoire, je sais pourquoi je peins.

14Votre identité ou votre genre influence-t-il votre art, votre regard ou votre place dans le monde de l’art ?

Oui, naturellement. Être une femme, être Mauricienne et porter plusieurs influences culturelles façonnent mon regard sur le monde.

Mais je ne veux pas que mon identité soit une limite : je veux qu’elle soit une richesse. Mon art est une manière de montrer qu’une voix née d’une petite île peut voyager très loin et trouver sa place sur la scène internationale.

15Quel compliment vous touche le plus ?

Le compliment qui me touche le plus est lorsqu’on me dit : « Votre œuvre m’a fait ressentir quelque chose. »

Parce qu’au fond, je ne peins pas seulement pour être regardée. Je peins pour créer une émotion, laisser une trace et parfois raconter, sans aucun mot, ce que les mots ne savent pas dire.

16À quel point l’île Maurice est-elle une source d’inspiration pour vous ?

Maurice est profondément présente dans mon art. Ses couleurs, sa lumière, son océan, sa nature et surtout son mélange de cultures nourrissent mon imaginaire.

Même lorsque je voyage à travers le monde, je porte toujours un petit morceau de Maurice avec moi. C’est mon point de départ, ma mémoire et une partie de mon identité artistique.

17Quelle place la mémoire, le territoire ou vos origines occupent-ils dans votre travail ?

Ils sont comme une racine invisible dans mon travail. La mémoire me permet de ne pas oublier d’où je viens, tandis que mes voyages m’apprennent à regarder mon île autrement.

Je crois que l’on peut parcourir le monde sans jamais perdre son territoire intérieur. Mon art est justement ce dialogue entre mes racines mauriciennes et le monde.

« L’art n’est pas un luxe : il est essentiel à notre identité, à notre mémoire. »

18Qu’aimeriez-vous que le public ressente ou emporte face à vos œuvres ?

J’aimerais que chacun y trouve quelque chose de personnel : une émotion, un souvenir, une question ou simplement un instant de beauté. Je ne veux pas imposer une seule interprétation.

Si mon œuvre continue à vivre dans l’esprit de quelqu’un après qu’il l’a quittée des yeux, alors elle a accompli quelque chose.

19Quel projet, rêve ou territoire artistique souhaitez-vous encore explorer ?

J’aimerais continuer à faire voyager l’art mauricien à travers le monde, mais aussi aller plus loin dans la rencontre entre peinture, mode, matière et mouvement.

Mon rêve est de créer des projets qui dépassent les frontières d’une toile : des œuvres qui se portent, se vivent et se rencontrent. Après mon World Art Tour, je veux ouvrir de nouveaux chemins et montrer que l’art d’une petite île peut avoir une voix universelle.

20Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose ? Et quelle serait votre réponse ?

« Y a-t-il un avenir pour l’art à Maurice ? »

Je veux croire que oui, mais cet avenir doit être construit dès aujourd’hui. Nous devons donner davantage de place, de visibilité et d’accès à l’art mauricien, particulièrement aux jeunes.

L’art n’est pas un luxe : il est essentiel à notre identité, à notre mémoire et à la manière dont les générations futures raconteront Maurice au monde. Nous devons permettre à nos jeunes de découvrir l’art, de le pratiquer, d’en vivre et surtout de croire que leur créativité a une valeur.

Si nous investissons dans nos artistes aujourd’hui, nous construisons aussi une partie de l’identité de Maurice de demain.

Pour suivre l’artiste

Sitewww.galerietamaris.com

Instagram@nitichaparsand

◆ ◆ ◆

Newsletter IMT

L'actualité du tourisme mauricien, chaque semaine dans votre boîte mail

Rejoignez 48 000 professionnels et passionnés qui reçoivent nos reportages exclusifs, portraits et tendances chaque semaine.

Pas de spam. Désinscription possible à tout moment. Vos données restent confidentielles.