Iitinéraire d'un hôtelier mauricien au long cours
Il est de ces Mauriciens que l'on ne présente pas sans évoquer, en même temps, la trajectoire rare qui les a conduits du Paradis — Resort, en l'occurrence — jusqu'aux cimes les plus convoitées de l'industrie hôtelière mondiale. Directeur Général de La Folie Douce Hôtel, établissement au concept unique en son genre, il a construit, saison après saison, une carrière jalonnée d'ouvertures prestigieuses, de marchés exigeants et de cultures à apprivoiser. Ski nautique, baccalauréat à La Bourdonnais, BBA décroché à l'Institut de Glion en Suisse : le décor était planté. Restait à écrire la suite. Et quelle suite.
De Port Louis à Paris, de Verbier aux Seychelles, son parcours dit quelque chose d'essentiel sur ce que l'île Maurice exporte de meilleur : non pas seulement du sable blanc et des couchers de soleil, mais un art de recevoir, profond et sincère, que les grandes enseignes internationales s'arrachent. Lui n'a jamais oublié d'où il vient. Et c'est précisément ce qui fait toute sa valeur.
1. Pourquoi avoir choisi le tourisme ?
J'ai rencontré, par l'intermédiaire d'une passion commune qui est le ski nautique, Jean-Marc Lagesse. Il m'a fait découvrir l'hôtellerie et m'a appris à être un hôtelier. Le monde de l'hospitalité, avec tout ce qui gravite autour, m'a beaucoup plu.
2. En quoi consiste votre métier ?
Je suis aujourd'hui Directeur Général de la Folie Douce Hôtel, avec la particularité d'être le seul hôtel au monde à posséder un concept unique. À chaque saison, nous retravaillons l'expérience client pour évoluer avec la demande et proposer une offre hors du commun.
3. Quelle formation avez-vous suivie ?
Après mon baccalauréat au lycée La Bourdonnais, j'ai étudié à l'Institut de Hautes Études de Glion, en Suisse, où j'ai obtenu mon BBA.
4. Quel a été votre parcours professionnel ?
J'ai commencé ma carrière chez Beachcomber en 2006 au Paradis Resort comme Assistant F&B, puis j'ai été promu F&B Manager au St Anne Resort aux Seychelles. Après deux ans aux Seychelles, j'ai été transféré au Dinarobin comme F&B Manager. J'ai ensuite été recruté pour l'ouverture du St Regis Resort (premier St Regis de l'hémisphère sud) comme F&B Manager. J'ai alors décidé de m'expatrier et de participer à l'ouverture du W à Verbier, en Suisse (premier ski resort de la marque), comme Directeur F&B pour la chaîne hôtelière Starwood Hotels. Pour élargir mes expériences, j'ai rejoint le groupe Hilton à Paris comme AEM F&B au Hilton Paris Opéra. J'ai ensuite rejoint le groupe Marriott comme Directeur des Opérations pour Renaissance Hotels, en prenant en charge deux hôtels du groupe (Courtyard & Renaissance) à Paris. Je suis actuellement Directeur Général de l'Hôtel (très) Particulier – La Folie Douce Hotels.
5. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l'exercice de votre métier ?
Durant mon expérience, les difficultés majeures ont été marquées par de grands événements. Lors des attentats de Paris en novembre 2015, cela a été une période complexe pour les hôteliers, et nous avons adapté notre stratégie commerciale et opérationnelle pour accueillir nos clients dans un hôtel sécurisé. Aujourd'hui, nous avons à faire face à une crise sanitaire sans précédent qui a touché notamment le monde du tourisme. Nous avons dû nous réinventer pour garder le cap et rouvrir l'hôtel. Chaque hôtel où j'ai travaillé avait ses défis et ses spécificités. Nous sommes confrontés à des changements dans le monde du travail dus à la pandémie, ainsi qu'à l'évolution du modèle économique et du type de consommation dans la restauration. On estime à ce sujet qu'en France, plus de 100 000 salariés pourraient manquer à l'ouverture des hôtels et restaurants cet été.
6. Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait embrasser une carrière dans votre spécialité ?
On choisit de faire ce métier et de le faire avec son cœur.
7. Pourquoi avoir choisi de vous expatrier ?
À mon sens, le monde de l'hôtellerie bouge et évolue très vite. J'ai toujours voulu acquérir de l'expérience à l'étranger auprès des meilleures entreprises internationales, pour ensuite, un jour, partager mon expérience à l'île Maurice.
8. Est-il facile de vivre et de travailler à l'étranger ? Comment s'est passée votre adaptation à un nouvel environnement culturel et au style comportemental du pays d'accueil ?
Il faut s'adapter aux différents environnements et marchés. Travailler en station de ski, en beach resort ou dans une grande capitale demande une approche et un type de management différents, compte tenu du business et de la typologie de la clientèle. Pour moi, l'adaptation et l'attitude sont des valeurs que j'ai développées tout au long de ma carrière. Travailler pour de grandes chaînes hôtelières internationales comme Starwood, Hilton et enfin Marriott a renforcé mon management et ma culture hôtelière.
9. Quel est le sacrifice le plus important que vous avez dû faire pour vivre votre métier à l'étranger ?
Quitter ma famille, mes proches et le lifestyle made in Mauritius.
10. Pourquoi est-ce que le savoir-faire mauricien s'exporte aussi bien ?
Île Maurice est la perle rare de l'océan Indien et, dans la grande majorité des cas, elle est une référence dans le monde du tourisme et de l'hôtellerie. Avoir grandi dans l'hospitalité mauricienne est clairement un atout. Nous devons continuer à cultiver et à partager cette image mauricienne.
11. Reviendrez-vous partager votre expérience au pays ?
Oui, un jour viendra !
12. Quelle a été votre plus grande satisfaction professionnelle ?
Participer à différentes ouvertures avec succès et aider au développement de la nouvelle génération d'hôteliers. Avoir une approche comme le disait Bill Marriott : « Take good care of your employees, and they'll take good care of your customers, and the customers will come back. »
13. Quel regard portez-vous sur l'industrie touristique mauricienne ?
L'Île Maurice possède une valeur unique qui est l'hospitalité mauricienne ; nous devons placer l'être humain au centre de toutes les préoccupations. L'environnement, le développement durable et la sécurité sont également des sujets primordiaux dans notre secteur et doivent faire partie intégrante de la stratégie touristique à l'île Maurice.
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14. Si vous deviez choisir un slogan pour l'île Maurice ?
Préférez l'authenticité mauricienne !
15. Une bonne idée que l'on pourrait appliquer au monde du travail mauricien, retenue lors de votre expatriation ?
Apporter les technologies hôtelières adaptées aux hôteliers mauriciens, tout en mettant en avant notre patrimoine.
16. Quel conseil donneriez-vous à un jeune intéressé par les métiers du tourisme ?
Apprendre le métier en commençant par le bas de l'échelle ! Vous serez les meilleurs hôteliers.
17. Quel est votre but professionnel ultime ?
Devenir Directeur des Opérations pour un groupe hôtelier.
18. Qu'est-ce qui vous manque le plus de l'île Maurice ?
La famille et les spécialités culinaires mauriciennes.
19. Auriez-vous pu atteindre votre plein potentiel si vous étiez resté à Maurice ?
Oui, avec beaucoup de patience.
20. Quel est le mot ou la phrase mauricienne qui vous aide à garder le moral ?
Mange or li !
Mai 2021