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ÎLE MAURICE TOURISME

2 octobre, 2026

L'ÎLE MAURICE PAR LES MAURICIENS — #3 · Valérie Imbert Kerambrun, conférencière et coach de vie

Demandez à Valérie Imbert Kerambrun de tenir Maurice dans un seul mot, elle vous répond : kaléidoscope. Le mot n'est pas un hasard chez quelqu'un pour qui la différence fait la richesse. Formée au marketing en Bretagne, Valérie Imbert Kerambrun passe plus de quinze ans à des postes de direction marketing et communication, avant de se mettre à son compte en 2016. En 2020, elle lance INSPIRE et, formée depuis au coaching de vie, anime aujourd'hui « Au cœur de l'essentiel » sur RM1. Dans le numéro 3 de « L'île Maurice par les Mauriciens », elle nous emmène en kayak au large du Morne, nous fait marcher pieds nus sur la plage de Mont Choisy à 7 h, nous sert un farata aux sept caris, nous fait partager Divali et nous rappelle ce geste tout mauricien : s'arrêter pour renseigner celui qui est perdu.


L'ÎLE MAURICE PAR LES MAURICIENS — #3 · Valérie Imbert Kerambrun, conférencière et coach de vie

01L’endroit secret

Il existe à Maurice un lieu que vous aimez presque trop pour en parler. Un endroit absent des guides, ou que l’on ne comprend vraiment qu’en y revenant. Lequel est-ce, et pourquoi vous accompagne-t-il encore aujourd’hui ?

Un pique-nique sur la plage publique du Morne. Je trouve qu’il y a une énergie particulière à la montagne du Morne. Cette grande montagne qui nous rappelle notre petitesse est un gage d’humilité, je ressens toute la puissance de son passé et de l’histoire qu’elle porte encore comme un gage de transmission et qui inspire le respect. J’aime prendre un petit kayak et aller l’observer à partir de l’eau au large. Je ne l’ai pas encore gravi, ça viendra peut-être – pour le moment je me contente de la contempler d’en bas.

Sinon, tout autre chose, assister à une messe pour les chrétiens. Certains de mes amis européens qui s’y sont aventurés m’ont avoué que si les messes étaient aussi ferventes et animées chez eux, ils iraient tous les dimanches à la messe. Il y a en effet quelque chose de spécial qu’on retrouve en ce lieu et qui ressemble à notre âme même si j’avoue ne pas y aller tous les dimanches.

02Le premier souvenir sensoriel

Une odeur, un son, une lumière, une sensation. Quel est le premier souvenir qui vous revient lorsque vous pensez à Maurice ?

Il y a une douceur dans l’air ambiant qui est réconfortante et indescriptible. Peut-être s’agit-il là d’une température toujours douce et clémente, d’une luminosité hors pair, de la chaleur du soleil réchauffant notre peau ou encore d’un environnement familier qui de ce fait me paraît sécurisant et paisible (non agressif).

03Le repas qui raconte l’île

Si vous ne disposiez que d’un seul repas pour expliquer Maurice à un étranger, que lui serviriez-vous et où l’emmèneriez-vous le déguster ?

Là, vous n’êtes pas sympa – demander à la gourmande que je suis de choisir un plat mauricien quand j’adore la diversité de notre gastronomie culinaire. Je vais contourner la question en vous disant quel plat je prépare à la maison quand on a des étrangers qui viennent pour la première fois. Déjà, je les invite chez moi (dans la simplicité de mon domicile) et je leur fais un repas de farata ou dholl purri avec 7 caris parce que dans ce plat, il y a la multitude de qui nous sommes (remasterisé à ma sauce) : je fais un cari de poulet pomme de terre, un grain sec (gros pois), une rougaille saucisses, un brède bok choy saucé à la chinoise, des achards et un citron confit de Rodrigues avec un dessert sagoo au lait de coco ou salade de fruits (parce que c’est exactement comme cela que je nous perçois : une belle salade de fruits de saison avec toutes nos belles couleurs et saveurs à chaque bouchée sans que cela soit lissé dans une compote par exemple).

« Cette grande montagne qui nous rappelle notre petitesse est un gage d’humilité. »

04Le Maurice d’avant

Quel lieu, quelle habitude ou quelle manière de vivre avez-vous vu disparaître au fil du temps et dont vous ressentez encore l’absence ?

Lorsque les voyages étaient moins accessibles que maintenant, souvent un Mauricien qui voyageait ramenait, en plus de moments mémorables à partager, des « gâteaux » (chocolat ou autres babioles) pour ceux qui restent (les amis, les collègues, etc.) – similairement lorsqu’on va voir notre famille à l’étranger, on leur ramène des bonbons doux-salés (salangui), du fromage kraft ou des épices ou achards (que je m’assure de bien envelopper pour ne pas que ça se fane partout dans la valise dixit mon époux français, qui ne peut pas comprendre l’importance de ramener ce goût de chez nous). Je vois dans cette manière de vivre : une générosité et un désir de faire plaisir innés à la mauricienne, une attention plus sur la valeur émotionnelle que marchande.

05La rencontre essentielle

Quel Mauricien un visiteur devrait-il absolument rencontrer pour comprendre l’âme du pays : un pêcheur, une marchande, un artisan, un jardinier, un conteur, un chauffeur de taxi ou quelqu’un d’autre ?

Maurice ne peut justement pas se résumer en une seule rencontre. Je les invite à discuter avec le pêcheur, la marchande, l’artisan, le jardinier et le chauffeur de taxi pour se faire une idée de notre co-vivre riche et complexe à la mauricienne.

« Une belle salade de fruits de saison avec toutes nos belles couleurs et saveurs à chaque bouchée. »

06L’heure juste

À quel moment de la journée Maurice vous semble-t-elle la plus authentique ? Et où faut-il être pour ressentir cet instant ?

J’adore marcher sur la plage de Mont Choisy le matin à 7 h. Il n’y a pas grand monde et je me sens toujours privilégiée d’être là – un moment suspendu où le temps semble sur pause avant de repartir dans le rythme effréné de la vie moderne – je suis pieds nus dans le sable en short à toute période de l’année, le soleil est encore doux sur ma peau, j’écoute le clapotis des vagues qui viennent mourir sur cette plage de sable fin qui s’étend à l’infini, les oiseaux et le bruit de la ville qui se réveille tout en me régalant visuellement des différents tons de bleu qui s’offrent à mes yeux ravis et quand on a de la chance d’un bel arc-en-ciel reliant ciel et terre ou d’une proposition artistique de nuages d’un autre temps. Tout est tellement authentique, simple et vrai à l’image de ce que devrait être notre quotidien. Ça me fait me rappeler comment il est primordial d’être dans l’instant présent.

07La fête qui vous émeut encore

Quelle célébration, religieuse ou populaire, continue à vous toucher même après l’avoir vécue de nombreuses fois ?

Je suis assez fan de la fête de Divali sans être de cette confession religieuse. Petite, mes parents nous emmenaient se promener en voiture pour voir les lumières sur les maisons, Maman, j’ai instauré de décorer de diyas la maison avec les enfants en ce jour et aujourd’hui, cette fête continue à prendre de l’ampleur pour moi avec d’une part des amis et ma belle-sœur qui sont hindous et avec qui j’approfondis la fête et ses symbolismes (préparation et partage de gâteaux / les rangolis / la victoire de la lumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, de la connaissance sur l’ignorance et de la clarté sur l’obscurité).

08Le geste mauricien

Quel geste, quelle habitude ou quelle manière d’être vous paraît profondément mauricienne ?

Le côté « trasseur » – on a toujours été tagué de peuple courageux et travailleur. Je me sens profondément comme cela – une personne qui a toujours eu ce qu’elle a par la force de son travail, la discipline, la constance et la persévérance.

Le côté généreux aussi car en général, un Mauricien s’arrête toujours pour donner un renseignement ou carrément accompagner quelqu’un qui serait perdu. On est prêt à dévier de notre route pour rendre un service (d’ailleurs jusqu’à l’heure ça m’émeut de voir mes parents de 74 ans aller déposer mon oncle à l’aéroport quand ils le peuvent parce que ça leur fait plaisir au lieu qu’il prenne un taxi). Notre traditionnel accueil est lié à cette générosité de partager qui nous sommes en toute simplicité.

« Un moment suspendu où le temps semble sur pause. »

09La lecture avant le voyage

Un livre, un film, une chanson ou une œuvre qui aiderait un visiteur à regarder Maurice autrement avant même d’y poser le pied.

Je n’ai pas lu beaucoup de livres historiques et culturels sur Maurice – ce qui me vient à l’esprit c’est un beau livre que j’ai parfois offert « Mauriciens d’ici et d’ailleurs » de Thomas Meur et Julien Venner (que j’ai rencontré d’ailleurs). Ce recueil de portraits de plusieurs Mauriciens et Mauriciennes vous invite à la rencontre de notre diversité.

Sinon, un séga mauricien bien rythmé ou à texte où on pourrait déceler un morceau de notre âme à travers les rythmes bien tribaux de ravanne, maravanne et triangle et un air festif (contan fer la faya) à la « tourné li tourné » ou « touss Sali ». On se rappellera toujours ces mélodies et chorégraphies simples qui créent des souvenirs.

10Ce que les touristes ratent

Quelle est, selon vous, l’erreur la plus fréquente des visiteurs ? Que cherchent-ils au mauvais endroit ou que ne voient-ils pas du tout ?

Certains touristes pensent que Maurice peut se visiter en une semaine parce que c’est petit – ils se restreignent à nos plages de sable fin devant leurs hôtels et se reposent. Maurice a tellement plus que cela à offrir : en autres paysages, en récit de notre façon de vivre, de coexister, de nous régaler, de nous enrichir, de rencontrer les différentes cultures qui composent notre Culture.

11Votre Maurice en un mot

Si Maurice devait tenir dans un seul mot — pas un slogan, pas une brochure touristique, mais un mot vrai — lequel choisiriez-vous ?

Kaléidoscope parce qu’à chaque mouvement (chaque fête ou rassemblement), nos cultures se reflètent pour créer une nouvelle image symétrique, colorée et harmonieuse. Ce mot est formé de trois racines grecques anciennes : Kalos : beau / Eidos : forme et aspect / Skopein : regarder. Littéralement à partir de cette étymologie, kaléidoscope signifie l’instrument pour regarder de belles formes : toutes étant les reflets de notre âme mauricienne.

12Loin de l’île

Quelle serait la chose qui vous manquerait le plus si vous étiez séparé de l’île Maurice ?

Pour moi, ce sont les gens – l’humain – le Mauricien avec toutes ses imperfections : la façon de se garer ou de faire demi-tour au milieu de nulle part, les expressions de certains dans leur façon de parler français, nos métaphores en créole bien imagées, la façon dont nous avons été élevés, protégés et éduqués en valeurs même si souvent de manière considérée aujourd’hui comme archaïque et passéiste (dixit : mon fils de 16 ans).

Nos défauts et nos imperfections sont précisément ce qui forge notre singularité et notre humanité. Contrairement aux qualités standardisées valorisées par la société, nos failles dessinent les contours uniques de notre personnalité à l’image du concept japonais du Kintsugi illustrant parfaitement cette idée. Cet art consiste à réparer une porcelaine brisée en soulignant ses fissures avec de l’or pur. L’objet n’est pas jeté, ni réparé à l’identique : ses cicatrices deviennent son plus bel atout décoratif. De la même manière, assumer son histoire et ses imperfections rend chaque individu infiniment plus précieux. Aimer son pays, ce n’est pas ignorer ses défauts, c’est embrasser l’entièreté de ce qu’il est. Nos failles ne nous diminuent pas, elles nous signent.

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