Un débat relancé à l'Assemblée nationale
Interpellé par la députée Joanna Bérenger sur l'encadrement des activités liées aux dauphins, le ministre du Tourisme Richard Duval a choisi la prudence. Une décision sera arrêtée, a-t-il indiqué, à l'issue des consultations encore en cours — une formule qui satisfait peu les deux camps, mais qui traduit la complexité réelle d'un dossier où intérêts économiques et exigences environnementales peinent à se concilier.
D'un côté, les organisations non gouvernementales — au premier rang desquelles Ecosud et la Marine Megafauna Conservation Organisation (MMCO) — réclament l'interdiction pure et simple de la nage avec les dauphins. De l'autre, la Fédération des opérateurs de plaisance, la FOPCO, plaide pour le maintien de l'activité, sous réserve d'un assouplissement du cadre réglementaire existant. Entre ces deux positions, les autorités cherchent, pour l'heure, un terrain d'entente introuvable.
Des manquements avérés, un règlement en attente
Ce qui n'est plus discutable, en revanche, c'est le constat dressé par le ministre lui-même : plusieurs manquements ont été relevés dans l'application des règlements actuels. Un projet de texte est prêt, prévoyant des obligations strictes pour les opérateurs. Mais sa promulgation est suspendue au résultat d'un processus consultatif dont l'issue reste incertaine.
Lors de la dernière réunion tenue le 10 mars, les parties prenantes ont toutefois convenu d'un principe commun : toute poursuite de ces activités devra s'appuyer sur un contrôle renforcé en mer. Une unité d'intervention conjointe — regroupant la National Coast Guard, la Tourism Authority et la Fisheries Division — devrait ainsi être constituée pour assurer une surveillance plus rigoureuse des zones fréquentées par les cétacés.
Une « Enforcement Squad » conditionnée au budget
Le ministère attend désormais des propositions concrètes en matière de moyens humains, d'équipements et de technologies — notamment le recours aux drones. C'est sur cette base que sera arrêtée la décision finale quant au maintien ou à l'interdiction de la nage avec les dauphins.
Richard Duval a insisté sur la nécessité de protéger les mammifères marins tout en tenant compte de la réalité économique d'un secteur fragilisé, celui d'une centaine d'opérateurs dont les emplois dépendent directement de ces activités. Les discussions se poursuivent au sein du ministère afin de finaliser les termes de référence de cette future « Enforcement Squad ». Un document sera soumis au Conseil des ministres dès que cette étape sera franchie.
Face aux critiques sur les délais accumulés, le ministre met en avant un obstacle structurel : les institutions concernées ne disposent pas des ressources nécessaires à une mise en œuvre efficace. La concrétisation du dispositif dépend en définitive du budget que le ministère des Finances acceptera d'allouer — condition jugée sine qua non pour passer des intentions à l'action.
Les cachalots, révélateur d'une urgence silencieuse
Au-delà du débat sur les dauphins, la question plus large de la protection des mammifères marins dans les eaux mauriciennes s'impose avec gravité. Des scientifiques alertent sur la diminution préoccupante de la population de cachalots résidents, estimée aujourd'hui à seulement vingt-cinq individus. Des cas de nage illégale avec les baleines ont également été signalés, illustrant les limites d'un dispositif de contrôle que tous s'accordent à juger insuffisant.
Le ministre a rappelé la nécessité d'agir avec prudence et de s'appuyer sur des données fiables avant de trancher. Une prudence que ses interlocuteurs écologistes jugent, eux, bien trop coûteuse en temps — pour des espèces qui, elles, n'ont pas le luxe d'attendre.