En mars 2012, un incendie chez moi à Tamarin, m'obligea à partir en pleine nuit d'un lodge du sud-ouest de l'île où j'étais en reportage. Warren Foo Tam Fong, qui en était le Resident Manager, ne posa aucune question et facilita simplement ce qui devait l'être. Il n'avait exigé aucune formalité de départ comme c'est toujours le cas. Ma maison étant inhabitable et ma famille se trouvait à l'autre bout de l'île. Je suis retourné à Lakaz Chamarel pour la nuit. Je fut accueilli et passa la nuit au calme. J'écrivis peu après à Virginie Lagesse, propriétaire du lieu, pour lui dire ma gratitude et un mot revenait sous ma plume pour quaifier Warren : remarquable. Je ne savais pas encore que cette nuit-là résumerait, mieux qu'aucune autre, l'homme sur lequel, quand cela comptait vraiment, on pouvait se reposer.
Warren Allan Foo-Soon-Hoy Foo Tam Fong est mort le 16 juillet 2026, à 52 ans .
Formé en France à l'hôtellerie et à la restauration, il avait débuté en 1997 en Martinique, chez Karibea, avant Saint-Barthélemy et le Mercure Courchevel. Revenu à Maurice, il dirigea Lakaz Chamarel à partir de 2008 — Resident Manager dès 2012, pendant près de sept ans —, puis rejoignit le groupe Attitude : Friday Attitude en 2015, puis Récif Attitude en 2019 ou 2020 selon les sources, en pleine fermeture des frontières. Les réponses qu'il y adressait publiquement (Trip Advisor) aux visiteurs portaient la marque de cette attention aux équipes : il remerciait les clients qui citaient un collaborateur, indiquait que leurs compliments seraient transmis, présentait les critiques comme des occasions d'améliorer le service. Quelques lignes seulement, mais qui révélaient une conviction — la réputation d'un hôtel se construit aussi au contact des clients, par des employés auxquels il faut donner les moyens de bien exercer leur métier.
Il rejoignit enfin The Ravenala Attitude, à Balaclava, comme Supporting General Manager à partir de janvier 2024 — onze années passées sous une même bannière, à la tête d'établissements que tout séparait, sinon cette exigence : ne jamais confondre la gestion d'un hôtel avec l'indifférence à ceux qui le font vivre.
Il y a des îles où l'hospitalité n'est pas un métier parmi d'autres mais une part de ce qu'elles sont devenues au fil de leur histoire ; Maurice en est une, et Warren Foo Tam Fong en aura porté, à l'échelle modeste d'une vie professionnelle, l'exigence silencieuse — celle qui ne cherche ni les honneurs ni les projecteurs, mais la confiance que l'on gagne dans la durée.
Sous l'avis de décès publié par les services funéraires Moura, Audrey Djorsevic l'a remercié pour son « incroyable dévouement en tant que manager ». Le mot est juste. Warren n'a laissé ni entretiens ni figure publique construite — seulement des établissements dirigés, et des collaborateurs formés à son contact, qui portent aujourd'hui ailleurs ce qu'il leur a transmis.
C'est peut-être là que se mesure le mieux son héritage : moins dans les hôtels qu'il a dirigés que dans les femmes et les hommes qu'il a aidés à grandir — et dans ce souvenir, intact depuis une nuit de mars 2012, d'un homme qui comprenait une difficulté avant qu'elle ne lui soit expliquée, et sur lequel on pouvait se reposer. Hotelier passionné, mari et père dévoué, Warren va nous manquer.
À Natacha Foo Tam Fong, son épouse, et à leurs deux enfants, va toute ma sympathie.
Jean-Joseph Permal