Ce que la loi appelle "contenu indésirable"
La Section 23 de la loi définit précisément ce qui bascule dans l'illégalité : tout contenu en ligne trompeur ou inexact publié dans l'intention de diffamer, menacer, abuser ou induire le public en erreur, tout contenu qui menace la santé publique ou la sécurité publique, qui menace la sécurité nationale, ou qui fait la promotion du racisme. Le communiqué y ajoute deux infractions déjà prévues par la loi : l'usage détourné de faux profils en ligne, et le cyberharcèlement. Le principe de fond, lui, tient en une phrase du ministère : la liberté d'expression s'accompagne de responsabilités. Rien de très nouveau. Ce qui l'est davantage, c'est la mécanique de sanction qui l'accompagne — et le périmètre de ceux qui peuvent en répondre.
Une responsabilité qui déborde le cercle des influenceurs
Car la loi ne s'arrête pas à l'auteur du message : elle place sur les administrateurs de comptes, de pages, de groupes et de plateformes similaires une responsabilité de modération, dès lors qu'un contenu leur est signalé par une autorité d'investigation compétente. Ne pas agir peut alors constituer une infraction à part entière.
Or Maurice compte, aux côtés des pages institutionnelles d'hôtels, de DMC et d'agences de voyages, une constellation de groupes Facebook consacrés aux conseils de voyage, aux avis d'expatriés ou aux échanges entre visiteurs de passage, souvent administrés par des bénévoles sans lien contractuel avec l'industrie qu'ils font pourtant vivre en ligne — de longue date, ces espaces informels servent de bureau d'accueil officieux à des milliers de touristes en amont de leur séjour, bien avant que le premier email de confirmation d'hôtel n'atterrisse dans leur boîte de réception.
Selon les données publiées par DataReportal, Maurice comptait fin 2025 quelque 886 000 identités actives sur les réseaux sociaux, soit près de 70% de la population totale de l'île.
Le communiqué est signé par le ministère des Technologies de l'information, de la Communication et de l'Innovation. Il ne fixe aucune date d'entrée en application distincte : le Cybersecurity and Cybercrime Act 2021, lui, est en vigueur depuis cette année-là.