Le constat est net, et il a basculé en quelques semaines. Après un premier trimestre encore porteur — +7,7 % d'arrivées en janvier, +12,1 % en février, +1,3 % en mars sur un an —, les indicateurs ont commencé à se dégrader dès avril. Le taux d'occupation hôtelier a reculé de 72 % à 70 % en mars, et les arrivées de passagers ont baissé de 3,1 % entre le 1er et le 22 avril, soit 108 161 voyageurs contre 111 594 sur la même période en 2025. Suffisant, pour l'AHRIM, pour parler d'une entrée du secteur dans une « zone de vigilance renforcée ».
L'association situe cette inflexion dans un contexte international tendu : guerre au Moyen-Orient, perturbation des opérations aériennes, renchérissement du voyage long-courrier, prudence accrue dans les décisions de réservation. Pour une destination long-courrier comme Maurice, ces variables pèsent rapidement sur les carnets.
« Le tourisme mauricien n'est pas un secteur parmi d'autres. C'est l'un des piliers de notre économie, mais aussi l'un des plus exposés aux risques du moment », martèle Shirin Gunny, CEO de l'AHRIM. « Dans un contexte aussi instable, nous devons prendre à temps les bonnes décisions pour préserver notre attractivité, notre activité, nos emplois et nos recettes en devises. »
Élever les standards de la destination
Première demande : un plan d'action coordonné pour rehausser l'expérience touristique. L'AHRIM plaide pour une protection du consommateur renforcée, davantage de transparence sur les prix, une meilleure visibilité de l'information dans les zones stratégiques, et un soutien plus appuyé aux opérateurs licenciés comme aux produits Made in Moris. L'association appelle également à muscler le dispositif statistique : une part significative de l'activité — notamment hors hôtellerie — échappe encore à la mesure, ce qui obère le pilotage public.
Shirin Gunny, CEO de l'AHRIM
Soutenir le réinvestissement hôtelier
Deuxième volet, plus technique mais structurant : un package fiscal en faveur des établissements qui ferment temporairement pour rénovation ou reconstruction. L'AHRIM réclame une réduction de 50 % du loyer annuel sur les terres de l'État, étendue du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027, ainsi que la suspension ou le report des licence fees dus à la Tourism Authority, des frais de licence MBC TV et de la Training Levy pendant la durée des travaux. S'y ajoutent une prise en charge intégrale du remboursement HRDC pour financer la montée en compétences des équipes, un traitement en franchise de droits sur les fittings, équipements et mobiliers, et une capital allowance initiale de 150 % sur les dépenses en bâtiments engagées l'année de rénovation. Préserver la qualité du parc, plaide l'association, c'est préserver la valeur de l'offre premium mauricienne.
Doubler la déduction sur le marketing international
Troisième axe : l'introduction d'une double déduction fiscale sur les dépenses de marketing international engagées par les opérateurs licenciés. Le périmètre serait large — campagnes digitales et média, actions conjointes avec compagnies aériennes et tour-opérateurs, participation aux salons et roadshows, voyages de familiarisation et de presse, opérations de relations publiques sur les marchés émetteurs. L'objectif assumé : permettre au privé de réagir vite, en complément de l'effort national porté par la MTPA, pour défendre la destination dans une compétition mondiale exacerbée.
Étendre la Section 67H au littoral
Reste un quatrième chantier, à la croisée de l'économique et de l'environnemental : l'extension de la déduction de 150 % prévue à la Section 67H de l'Income Tax Act aux travaux de protection côtière. Rechargement en sable, reconstruction de dunes, stabilisation du littoral, études techniques et d'impact, suivi environnemental, restauration du lagon et du milieu marin : la liste est étoffée et trahit l'inquiétude d'un secteur pour lequel la plage n'est pas un décor, mais un actif. Face à l'érosion et à la montée des eaux, l'AHRIM rappelle que le littoral mauricien relève à la fois d'un impératif environnemental et d'un patrimoine économique stratégique.
« Ce que nous proposons aujourd'hui, ce sont des leviers budgétaires précis pour agir sur quatre fronts : l'expérience destination, l'investissement, la visibilité internationale et la résilience côtière », résume Shirin Gunny. « À travers le tourisme, c'est une part essentielle de l'économie mauricienne, de son image et de sa capacité de résilience que nous devons consolider. »
L'association joue donc la carte du pragmatisme budgétaire à la veille d'un exercice 2026-2027 qui s'annonce plus contraint que prévu. Avec un message en filigrane : ce qui se joue dans le tourisme déborde largement les frontières du secteur, et irrigue l'ensemble du tissu économique national.