Entre certitude et ambiguïté
Ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc. C'est dans cet interstice que Somewhere in Between prend racine. L'exposition ne cherche pas à trancher, mais à habiter la nuance — à cartographier ce territoire incertain où les identités se forment, se défont et se recomposent. Loin des conclusions figées, les œuvres d'Anne-Lise Ramooloo ouvrent un espace de coexistence où le contexte prime sur l'opposition, et la complexité sur la simplification.
Cette posture intellectuelle n'est pas fortuite. Elle reflète la trajectoire singulière d'une artiste mauricienne qui a construit sa pratique à l'intersection de deux mondes : celui de la commande internationale et celui de la recherche personnelle, celui des outils numériques les plus récents et celui des matières picturales les plus anciennes.
La méthode « Kasé Ranzé »
C'est précisément dans la méthode que réside l'originalité de la démarche. Anne-Lise Ramooloo a développé un protocole de création qu'elle désigne, avec une certaine affection, sous le terme créole de Kasé Ranzé — littéralement : casser, puis réarranger. Le processus débute par la génération d'images via l'intelligence artificielle, avant que l'artiste n'entreprenne de les déconstruire méthodiquement par le collage et la peinture numériques, puis de les prolonger à l'aide d'acrylique et de pastels à l'huile sur support physique.
Ce va-et-vient délibéré entre le généré et le fabriqué, entre l'algorithme et le geste, traduit une conscience aiguë de sa propre position générationnelle. Millenniale, Anne-Lise Ramooloo appartient à cette génération médiane qui n'a pas eu à choisir entre l'analogique et le numérique — elle les a vécus simultanément, dans un mouvement de transformation permanent.
Un retour aux sources
Avec Somewhere in Between, l'artiste opère un retour à Maurice — géographique autant que symbolique. Sa pratique des beaux-arts, entamée en 2022 après une carrière de photographe auprès de clients tels qu'Armani Beauty, L'Oréal ou Ellesse, s'est construite autour d'une ambition précise : assembler des récits nourris de mémoire collective et d'héritage familial. Cette nouvelle série, la plus personnelle à ce jour, interroge la notion d'appartenance culturelle avec une acuité renforcée par le contexte insulaire.
L'exposition se tient à l'ARTME Creative Space, au sein de L'Îlot Cadres, sur la route Panzani Malayan à Cap Malheureux, du 17 avril au 1er mai. Elle est soutenue par Beachcomber Resorts & Hotels et Oceano Jewels, avec le concours de L'Îlot Cadres, Stage'in et la Distillerie de Labourdonnais.
Somewhere in Between, ARTME Creative Space @ L'Îlot Cadres, Cap Malheureux. Du lundi au vendredi de 10h à 17h (jours fériés inclus), le samedi de 10h à 13h. Plus d'informations : www.annelise-ramooloo.com/blog