Un club de golf, un diplomate, et une soirée passée à se demander pourquoi les sociétés dressent des statues avant de s'interroger sur leur retrait. La proposition n'allait pas de soi. C'est pourtant celle que le Mauritius Gymkhana Club a retenue pour ouvrir, le 23 juillet, sa Cultural Heritage Series, un cycle de rencontres qu'il place sous le signe du patrimoine et de sa transmission.
Sur le plateau central, à Vacoas, dans le district de Plaines Wilhems, l'adresse est connue des golfeurs bien au-delà de Maurice. Elle l'était moins des lecteurs. Leckraj Beenessreesingh, président du Mauritius Gymkhana Club, situe l'initiative dans le prolongement direct de l'ancienneté de la maison : créé en 1844, le club a traversé les époques, et si sa notoriété tient aujourd'hui d'abord au sport, son héritage lui confère selon lui une responsabilité de préservation et de transmission. Le patrimoine, ajoute-t-il, « n'est pas figé » et ne prend sens qu'une fois raconté et discuté.
Six rendez-vous sur douze mois
Le programme annoncé réunira auteurs, historiens, chercheurs, diplomates et passionnés autour de thématiques patrimoniales, à raison de six rencontres sur l'année à venir. Le club a 182 ans.
C'est précisément ce chiffre qu'Aline Wong, Honorary Secretary du Mauritius Gymkhana Club, a placé au centre de son propos d'ouverture, en distinguant deux notions que l'usage courant confond : le patrimoine rappelle d'où l'on vient, l'héritage dira aux générations suivantes ce que l'on a choisi de devenir. La responsabilité de l'institution ne consiste donc pas seulement à conserver 182 années d'histoire, mais à en bâtir 182 autres. « Nous souhaitons créer une culture du patrimoine », a-t-elle résumé.
Empêché, sur recommandation médicale l'invitant au repos, Dharam Gokhool, Président de la République, avait fait enregistrer un message diffusé aux invités. Il y a salué une initiative qu'il juge remarquable et un engagement en faveur de la préservation et de la célébration d'un patrimoine commun, avant de relever le choix de l'ouvrage retenu pour l'inauguration : une réflexion sur le rôle des statues et des monuments dans les sociétés, leur histoire, leur évolution et les significations que les générations successives leur attribuent.
Un livre né des débats de 2020
Voices in Stone: The Lives of Public Statues trouve son origine dans le contexte britannique de 2020, quand les manifestations Black Lives Matter ont porté sur la place publique la question du maintien de certains monuments. Paul Brummell y déplace le point d'entrée : plutôt que de trancher d'emblée entre conservation et retrait, il propose de remonter d'abord à l'acte fondateur — pourquoi telle statue a été érigée, ce qu'elle représentait au moment de son installation, ce que les générations suivantes lui ont fait dire, et les débats qui finissent par se cristalliser autour de sa présence. Chaque monument porte ainsi deux récits superposés : celui de la figure représentée, et celui des valeurs qu'on lui prête ensuite.
« Avant de décider si une statue doit être conservée ou retirée, il est essentiel de comprendre pourquoi elle a été érigée à l'origine », explique l'auteur, qui dit avoir écrit un livre retraçant la vie des statues, de leur création aux perceptions qu'elles suscitent. Il s'est déclaré heureux d'avoir lancé l'ouvrage au Mauritius Gymkhana Club, dans le cadre de cette première édition, et a remercié le club d'avoir retenu Voices in Stone pour ouvrir la série.
Le choix n'est pas neutre pour l'institution elle-même, souligne Leckraj Beenessreesingh : né durant la période britannique, le club appartient au patrimoine historique du pays. Inaugurer le cycle avec un ouvrage consacré à la manière dont les monuments et les lieux de mémoire façonnent la compréhension de l'histoire lui a paru cohérent.
Aline Wong, elle, a insisté sur la seconde moitié de l'équation : préserver ne suffit pas, encore faut-il faire vivre. Derrière chaque bâtiment historique ou objet de mémoire, dit-elle, se tient un récit qui participe de l'identité collective, et cet héritage ne conservera un sens demain qu'à condition d'être partagé, questionné et transmis aujourd'hui.
Six rendez-vous sont annoncés pour les douze mois à venir.
