Le projet Captain Darwin, porté par le navigateur français Victor Rault, n'est pas qu'une aventure personnelle. Le film qui en résulte est en production chez France Télévisions, coproduit par Yann Arthus-Bertrand — un nom associé depuis des décennies à l'image de la planète vue d'en haut, et dont la signature ouvre généralement la porte à une diffusion large, en France et au-delà. Concrètement, cela signifie qu'une escale mauricienne, filmée et montée avec ce savoir-faire, a vocation à apparaître un jour sur un écran de télévision français — gratuitement, sans qu'aucune campagne de promotion touristique n'ait eu à la financer.
Ce type d'exposition est différent de la publicité touristique classique. Il s'inscrit dans un récit — celui de Darwin, de la science, de la nature — qui donne à l'île un rôle autre que celui de simple décor de plage. Le passage par Le Pouce, par exemple, où Rault a refait l'ascension du 2 mai 1836, ou l'excursion vers les récifs de Rivière-Noire, ce sont des lieux que n'importe quel visiteur peut aujourd'hui rejoindre. Ils existent déjà dans l'offre touristique mauricienne, souvent en marge des circuits les plus fréquentés. Associés à une trame Darwin, ils prennent une autre épaisseur : celle d'un patrimoine naturel daté, documenté, comparable sur deux siècles.
L'implication de la Mauritian Wildlife Foundation dans ce projet — via son directeur de la Conservation, le Dr Vikash Tatayah, qui a rencontreré Victor Rault le 17 juin à l'Institut français de Maurice — va dans le même sens. Elle rattache l'escale à un travail de conservation déjà existant, et donc à une forme de tourisme qui valorise ce travail plutôt que de le contourner. La rencontre, ouverte au public et gratuite, est aussi une occasion locale rare : assister, à Rose-Hill, à un échange entre un navigateur qui vient de refaire le chemin de Darwin et l'un des responsables de la conservation de la faune mauricienne.
Victor Rault a reçu la visite de l'Ambassadeur de France à Maurice
Reste une question, qu'aucun article ne peut trancher à l'avance : ce que ce passage laissera, concrètement, une fois le voilier reparti vers Le Cap. Les escales de ce type produisent rarement un effet immédiat et mesurable sur les arrivées touristiques. Leur valeur est plus lente, plus diffuse — elle tient à la manière dont une image, une fois diffusée, s'ajoute à toutes les autres images de l'île qui circulent déjà à l'étranger. Darwin écrivait que Maurice avait « une élégance parfaite ». Que cette phrase, vieille de 190 ans, puisse resurgir un jour dans un documentaire grand public, sous une autre forme, est peut-être la chose la plus intéressante que cette escale aura produite pour l'île — bien plus que ce qu'elle aura produit pour la science.
Photos : Ambassade de France à Maurice
