Sa réapparition constitue l'un des symboles les plus visibles de la restauration en cours d'un bâtiment qui compte parmi les monuments les plus emblématiques du patrimoine mauricien.
Deux siècles sur une scène nationale
L'histoire du théâtre à Port-Louis commence avant même le bâtiment actuel. Un premier édifice avait été construit en 1788 à l'orée du Jardin de la Compagnie, à l'emplacement de l'actuelle salle de cinéma Majestic. Le cyclone de 1818 en eut raison. C'est sur un terrain cédé par le gouverneur par intérim Darling que le nouveau théâtre fut édifié : la première pierre fut posée le 27 septembre 1820 par le gouverneur Farquhar, et le bâtiment achevé en 1822. L'architecte Pierre Poujade conçut une salle en forme de U à plusieurs étages avec balcons, calquée sur le modèle à l'italienne — ces salles de dimensions modestes permettant au public de percevoir le jeu des artistes et d'être assis face à la scène, un principe toujours en usage. Le 11 juin 1822, Farquhar inaugura lui-même les lieux avec une comédie, La partie de chasse d'Henry IV, et un opéra, La Maison à vendre, interprétés par des amateurs.
La municipalité de Port-Louis racheta le bâtiment le 30 décembre 1854. L'éclairage au gaz avait remplacé les lampes à huile de coco ; l'électricité fut installée en 1892. Comédie, opéra, vaudeville, variétés, mélodrame et pantomime : tous les genres de l'art dramatique ont traversé cette scène, qui représente depuis sa fondation un lieu de rencontre international autant qu'un foyer de promotion artistique et culturelle.
Robert Edward Hart et le square bouillonnant
Dans les années 1920, le Théâtre de Port-Louis était le cœur culturel et folklorique de la capitale. Le poète Robert Edward Hart en a laissé le témoignage le plus précis, décrivant avec délice ce qui se passait sur la place du Théâtre pendant les entractes : des marchandes de pistaches bouillies, d'ananas et de cornichons épluchés, de petits pois grillés, d'alouda et de vangassailles accroupies sur le trottoir, des ténors en pourpoint traversant la place pour acheter des cigarettes, des messieurs de la galerie supérieure — transformée en buvette — s'envoyant rituellement des whisky soda pendant que le vent du Champ de Mars éteignait les veilleuses. Hart concluait que les entractes étaient encore plus amusants que les actes.
De Molière à Dev Virahsawmy
Dans les années 1950, le théâtre dramatique moderne fit son entrée avec Molière, Courteline, Labiche et Montherlant. Le comédien français Claude Piéplu y fit ses premiers pas au tout début des années 1960. En 1969, Max Moutia y présenta Le pays du Sourire ; en 1978, Lucien Maugendre y produisit l'opérette Surcouf, relatant les aventures du corsaire interprété par José Todaro. La vieille scène vit aussi éclore le théâtre créole, notamment avec l'adaptation de Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat en créole mauricien par Dev Virahsawmy, mise en scène par Gérard Sullivan — un immense succès populaire au début des années 1980.
Ce que seize ans de fermeture ont révélé
Après les dommages causés par des cyclones successifs et des rénovations partielles engagées au début des années 1990 avec l'aide du gouvernement français, le théâtre s'est dégradé à nouveau. Fermé depuis 2008, il a été confié au constructeur RBRB Construction Ltd pour un chantier dépassant 500 millions de roupies.
Depuis sa fermeture, plusieurs équipes municipales se sont succédé à l'hôtel de ville sans parvenir à mener les travaux à leur terme, faisant du chantier l'un des plus longs programmes de restauration patrimoniale engagés dans la capitale.
Pendant des années, les façades extérieures — recouvertes d'une peinture blanche datant des années 1930 — masquaient l'ampleur des dégâts intérieurs. La moisissure avait défiguré les murs, l'eau et l'humidité s'étaient infiltrées partout. Les six statuettes ornant jadis les balcons avaient disparu sans explication documentée. Un lot de 400 fauteuils rouges, des rideaux miteux, des câbles rognés et de vieux projecteurs avaient même été vendus aux enchères dans une certaine indifférence des Portlouisiens.
Aujourd'hui, la rotonde centrale a fait l'objet d'une réhabilitation conduite par l'artiste-conservateur Emmanuel Richon : Vandermeersch colore à nouveau le plafond d'une myriade de teintes vives. La restauration de cette coupole figurait parmi les interventions les plus délicates du chantier. Exposée pendant des décennies à l'humidité, aux infiltrations et aux effets du temps, l'œuvre présentait d'importantes altérations qui rendaient sa conservation particulièrement complexe.
Une visite de chantier menée cette semaine par la Lord maire Christelle Pondard et son adjointe Mehzabeen Caramtali a produit une nouvelle échéance — deux mois — après qu'une précédente, fixée à août 2025, n'avait pas été tenue. Le Théâtre de Port-Louis a traversé les cyclones, les guerres, les négligences et les mandats. Ce que deux siècles n'auront pas réussi à lui ôter, c'est sa capacité à faire attendre. Pour la première fois depuis le début du chantier, la réapparition de la coupole de Vandermeersch offre toutefois un aperçu tangible de ce que pourrait être le retour à la vie de ce monument historique.

