C'est au Inkosi Albert Luthuli International Convention Centre, dans le port industriel de Durban, que la destination mauricienne plante son pavillon pour quatre jours. Le salon, ouvert mardi 12 mai par le président sud-africain Cyril Ramaphosa, se tient sous le thème « Unlimited Africa: Growing Africa's Tourism Economy ». Un mot d'ordre qui dit assez l'ambition continentale du rendez-vous : positionner l'Afrique non plus en zone de reprise post-pandémique, mais en région touristique d'expansion.
Une délégation resserrée autour de la MTPA
La mission mauricienne réunit, autour du ministre du Tourisme Richard Duval, la secrétaire permanente Indira Rugjee, le chairman de la Mauritius Tourism Promotion Authority Dinesh Burrenchobay, son directeur Benoît Harter, ainsi que Belinda Udhin, desk officer au sein de l'organisme. Des opérateurs importants du privé complètent la délégation mauricienne. Le salon, qui rassemble plus de 700 acheteurs hostés venus de 71 pays et 600 exposants représentant l'ensemble des neuf provinces sud-africaines, accueille également 191 micro et petites entreprises africaines, signe d'un format qui s'est élargi aux acteurs de taille intermédiaire.
Une rampe de lancement pour l'Afrique australe
Le marché hôte n'est pas un client comme les autres. L'Afrique du Sud a totalisé 110 287 arrivées vers Maurice en 2025, en hausse de 3,5 %, ce qui en fait le cinquième pourvoyeur de visiteurs derrière la France, le Royaume-Uni, La Réunion et l'Allemagne — soit environ 7,7 % du total des 1 436 250 entrées enregistrées sur l'année. Le marché présente trois atouts rarement réunis : la proximité géographique, avec un Johannesburg–Maurice de quatre heures de vol ; la régularité saisonnière, qui alimente l'île tout au long de l'année ; et un pouvoir d'achat tourné vers le segment haut de gamme, notamment le golf et les voyages de noces. Le mois de juillet 2025 en a apporté la démonstration, avec une hausse de 53,6 % des arrivées sud-africaines sur un seul mois. Côté hôte, l'Afrique du Sud elle-même a enregistré 10,48 millions d'arrivées internationales en 2025, un record absolu en progression de 17,6 % : un marché émetteur dont les flux sortants progressent eux-mêmes, et où Maurice dispose donc d'une marge de manœuvre encore largement ouverte.
Une année de présence soutenue
L'étape de Durban prolonge un calendrier offensif. La MTPA s'est successivement rendue à l'Outbound Travel Market de Mumbai en février, puis à l'ITB de Berlin en mars. À Mumbai, l'autorité a signé des protocoles d'accord avec IndiGo, MakeMyTrip et Thomas Cook (India), avec l'objectif déclaré de faire passer le marché indien du cinquième au quatrième rang des sources touristiques de l'île, après une année 2025 marquée par 33,5 % de croissance des arrivées indiennes. À Berlin, les discussions ont porté sur un possible retour de Costa Croisières après sept années d'absence et sur la prolongation des escales d'AIDA Cruises. Sur chacune de ces étapes, le ministre a martelé la nécessité de diversifier les marchés sources au-delà du socle européen traditionnel.
Un gisement continental encore à conquérir
Si l'Afrique du Sud et La Réunion figurent de longue date parmi les pourvoyeurs régionaux, le reste du continent demeure largement à conquérir. Le Kenya, le Nigeria, le Mozambique ou le Botswana émergent comme des marchés à fort pouvoir d'achat, mais restent contraints par la connectivité aérienne. La présence à Durban vise précisément à engager ce travail de fond : rencontrer les voyagistes, ajuster le produit, et identifier les liaisons susceptibles d'être consolidées. Air Mauritius, dont la stratégie régionale fait l'objet de discussions en cours, demeure l'acteur central de cette équation. Selon Statistics South Africa, le tourisme représente désormais 4,9 % de l'économie sud-africaine, soit au-dessus du niveau pré-pandémique de 3,7 % enregistré en 2019 — un indicateur qui résume à lui seul la maturité du marché hôte.
Une signature mauricienne à imposer
Au-delà des rendez-vous d'affaires, la MTPA doit imposer sa signature dans un environnement où les destinations concurrentes — Seychelles, Zanzibar, Cap-Vert, Maldives — déploient des moyens comparables. Le titre de « Tourism Minister of the Year » décerné en mars à Richard Duval par les PATWA Awards, assorti de la distinction « Destination of the Year: Beach Experiences » attribuée à l'île, a redonné de la visibilité au pavillon mauricien. Sur le terrain des chiffres, l'île a abordé 2026 avec une progression de plus de neuf pour cent des arrivées sur janvier et février, avant que les tensions au Moyen-Orient ne viennent peser sur la connectivité aérienne — un rappel que la fragilité du secteur tient autant aux marchés qu'aux couloirs aériens.
Pour Maurice, l'enjeu de Durban se jouera moins dans les agendas remplis de cette semaine que dans le suivi accordé, dans les mois à venir, aux contacts engagés. C'est désormais, dans le métier, la véritable mesure d'un salon réussi.