L'île Maurice a accueilli 1 436 250 touristes en 2025, soit une progression de 3,9 % par rapport à l'année précédente. Si le bilan reste positif, il révèle des fragilités structurelles : le repli du marché français, principal pourvoyeur de visiteurs, et une croissance nettement inférieure à celle du Sri Lanka ou des Maldives invitent à nuancer l'optimisme ambiant. En revanche, la dépense moyenne par touriste s'inscrit en forte hausse, signe d'une montée en gamme que confortent les statistiques de l'hébergement hôtelier.
Une progression solide, mais des signaux à surveiller
L'année 2025 s'achève sur un gain de 54 073 arrivées supplémentaires pour la destination mauricienne. Derrière ce chiffre global encourageant se dissimulent toutefois des dynamiques contrastées selon les marchés. La France, qui représente à elle seule plus de 23 % des flux entrants, accuse un recul de 0,6 %, soit 1 919 visiteurs de moins qu'en 2024. Un effritement modéré, mais symboliquement significatif pour une destination qui entretient avec l'Hexagone une relation historique et économique privilégiée.
À l'inverse, l'Inde s'affirme comme le moteur de la croissance, avec une progression spectaculaire de 33,5 %. L'Italie (+18,2 %) et les Seychelles suivent une trajectoire similaire. La Réunion (+3,1 %), l'Afrique du Sud (+3,5 %) et la Suisse (+1,9 %) consolident leur ancrage, tandis que l'Allemagne (-1,3 %) et le Royaume-Uni (-2,0 %) se tassent légèrement.

Un positionnement régional à renforcer
Replacée dans son environnement immédiat, la performance mauricienne appelle à la vigilance. Sur l'ensemble de l'année 2025, le Sri Lanka a bondi de 15,1 % pour atteindre 2,36 millions d'arrivées, les Maldives de 9,5 % à 2,25 millions, et les Seychelles de 13,1 % à près de 400 000 visiteurs. Dans ce concert régional, Maurice progresse à un rythme deux à quatre fois inférieur à celui de ses concurrents directs — un écart qui interroge sur la capacité de la destination à se renouveler et à capter de nouveaux bassins émetteurs.
La connectivité aérienne demeure un facteur structurant. Les touristes britanniques (55,9 %), français (53,7 %), espagnols (43,9 %) et allemands (42,5 %) empruntent majoritairement des vols directs depuis leur pays. En revanche, les visiteurs en provenance de Russie, des Pays-Bas et de Chine transitent en grande majorité par Dubaï : c'est le cas de 81,6 % des Russes, 45,3 % des Néerlandais et 44,0 % des Chinois — une dépendance aux rotations de l'Emirates hub qui constitue à la fois une facilité logistique et un point de vulnérabilité.
L'hôtellerie, valeur refuge d'une clientèle qui dépense davantage
Sept touristes sur dix ont choisi l'hôtel comme lieu de séjour en 2025 — plus précisément 73,4 % au premier semestre, contre 77,2 % à la même période en 2024. Ce léger repli ne signifie pas une désaffection pour l'offre hôtelière, mais traduit la montée en puissance des hébergements alternatifs : 13,7 % des visiteurs ont logé chez des proches, 9,4 % dans des résidences touristiques et 2,3 % en guest house. Au total, 109 hôtels étaient en exploitation à fin décembre 2025, pour une capacité de 14 112 chambres.
Ce qui distingue fondamentalement les deux clientèles, c'est leur comportement de consommation. Au premier semestre 2025, un touriste séjournant à l'hôtel a dépensé en moyenne 10 700 roupies par nuit — soit près de six fois plus que son homologue en hébergement non hôtelier (1 900 roupies). À l'échelle du séjour, l'écart est tout aussi éloquent : 87 600 roupies pour les hôteliers, contre 38 700 roupies pour les autres, en recul d'ailleurs par rapport aux 44 600 roupies de 2024.
Une dépense globale en hausse, portée par les Européens
La dépense moyenne par touriste s'est élevée à 74 600 roupies au premier semestre 2025, en progression de près de 10 % par rapport à la même période de l'année précédente (68 100 roupies). Les Européens ont, dans l'ensemble, accentué cet effort budgétaire : 79 800 roupies en moyenne, contre 73 300 roupies en 2024. Les touristes français, malgré un volume d'arrivées légèrement en baisse, ont dépensé 71 400 roupies par personne — une hausse de 3,6 % sur un an — confirmant que la clientèle hexagonale, même moins nombreuse, reste économiquement précieuse pour la destination.
La dépense par nuitée, tous hébergements confondus, atteignait 6 600 roupies au premier semestre 2025, contre 5 900 roupies l'année précédente. Une progression qui traduit moins une inflation subie qu'une élévation progressive du panier moyen, cohérente avec le positionnement haut de gamme que Maurice s'emploie à défendre.
Le numérique, premier prescripteur de la destination
L'enquête sur les primo-visiteurs livre un enseignement majeur sur les canaux d'influence : en 2025, 62 % d'entre eux déclarent avoir choisi Maurice sous l'effet du web et des réseaux sociaux, contre 50 % seulement au premier semestre 2024. À l'inverse, le bouche-à-oreille recule sensiblement (17 % contre 26 %), tandis que les agences de voyages et voyagistes maintiennent une présence notable à 20 %. La transformation numérique des prescriptions touristiques s'accélère : pour les professionnels de la destination, la bataille de l'image se joue désormais d'abord en ligne.
Sources : Statistics Mauritius – Survey of Inbound Tourism, données 2025