Le secteur de la location saisonnière à Maurice sort de l'ombre. Réunie jeudi 13 février à l'hôtel Hennessy Park d'Ébène, l'Association des Acteurs de la Location Saisonnière à l'île Maurice (AALSIM) a franchi, lors de son assemblée générale annuelle, un tournant symbolique : la nomination d'un directeur général et la structuration d'un bureau permanent. Une professionnalisation qui traduit l'ambition du secteur de s'intégrer pleinement à l'écosystème touristique national.
Devant un parterre d'invités de marque, dont l'Honorable Sydney Pierre, ministre délégué au Tourisme, le président de l'AALSIM, Mathieu Appassamy, a qualifié 2025 de « tournant décisif ». Les chiffres lui donnent raison : le secteur pèse désormais quelque 20 milliards de roupies de retombées économiques directes par an, emploie des milliers de personnes et irrigue un tissu dense de PME.
Un parc immobilier qui dépasse l'hôtellerie traditionnelle
Les estimations sectorielles font apparaître un parc de près de 20 000 chambres en location saisonnière, une capacité supérieure à celle de l'hôtellerie conventionnelle. Entre un et deux touristes sur quatre séjournent aujourd'hui en hébergement non hôtelier, avec une durée moyenne de séjour plus longue. Le récent AXYS Hospitality Industry Report 2026 confirme cette dynamique structurelle, positionnant la parahôtellerie comme un « levier stratégique de croissance, de résilience et d'inclusivité économique », souligne M. Appassamy.
Daren Moodely nommé directeur général
Le jalon le plus significatif de cette assemblée réside dans l'annonce de la structuration permanente de l'AALSIM. Pour soutenir ses ambitions de croissance et de professionnalisation, l'association a officialisé la création de son bureau permanent et la nomination de Daren Moodely au poste de directeur général.
Ancien cadre de l'AHRIM et de la Tourism Authority, M. Moodely apporte une expertise alliant opérations hôtelières et processus institutionnels. Ce nouveau bureau servira de point d'ancrage pour canaliser les besoins des membres, structurer les données du secteur et faciliter les échanges avec les autorités.
Prenant la parole, le nouveau directeur général a félicité les membres élus du comité exécutif et salué leur engagement dans cette nouvelle phase de l'association. « Le tourisme mauricien connaît une transformation majeure : d'un modèle historiquement centré sur l'hôtellerie traditionnelle, il évolue vers une architecture plus hybride intégrant pleinement la parahôtellerie », a-t-il déclaré. Cette évolution, selon lui, s'inscrit dans une tendance mondiale marquée par la recherche d'autonomie, d'immersion et de personnalisation, nécessitant une adaptation stratégique du cadre réglementaire et institutionnel.
Le nouveau comité exécutif reflète la diversité des acteurs du secteur : gestionnaires locatifs, opérateurs indépendants, agences de location et associations de propriétaires de campements. Mathieu Appassamy (président), Isabelle Descroizilles (vice-présidente), Aliocha Schaub (secrétaire), Gary Toulcanon (vice-secrétaire), Alexandre Hardy (trésorier) et Marie Lagesse (vice-trésorière) sont épaulés par Radha Rengasamy, Laurent Gimel et Emmanuel de la Haye au sein du comité.
Sydney Pierre promet des permis en 24 heures
Le ministre délégué au Tourisme ne s'est pas contenté de féliciter l'association. Sydney Pierre a esquissé les grandes lignes d'une réforme ambitieuse du cadre réglementaire. Rappelant que le paysage touristique mauricien compte aujourd'hui environ 30 000 chambres, dont près de 16 000 hors hôtellerie traditionnelle, il a plaidé pour une « simplification administrative majeure ».
« Nous envisageons la possibilité de délivrer des permis sous 24 heures, assortis d'un permis provisoire et d'une catégorisation claire des différents types de location », a-t-il déclaré. Cette promesse répond aux attentes d'un secteur longtemps confronté à des procédures jugées lourdes. Le ministre a toutefois rappelé que la sécurité du visiteur demeure « non négociable », condition sine qua non de toute dérégulation.
M. Pierre a également souligné le « fort effet multiplicateur » de la location saisonnière, qui bénéficie directement aux commerces, transporteurs, restaurateurs et prestataires locaux. Contrairement au modèle conventionnel, où « une part importante des recettes est captée en amont via la chaîne de valeur internationale », la parahôtellerie favorise une économie circulaire plus inclusive, a-t-il argumenté.

Le comité éxécutif en compagnie du Junior Monister Sydney Pierre et Benoït Harter, directeur de la MTPA.
Appel aux opérateurs : rejoindre le mouvement
Forte de cette reconnaissance institutionnelle, l'AALSIM lance un appel vibrant à tous les acteurs du secteur – propriétaires indépendants, agences, gestionnaires – pour rejoindre ses rangs. L'association met en avant plusieurs arguments : l'accès à une communauté active avec des événements réguliers de networking, une force de plaidoyer auprès du ministère et des institutions concernées (réforme des permis, taxes touristiques), l'accès à un programme de partage de données pour optimiser tarifs et taux d'occupation, et enfin la crédibilité institutionnelle auprès d'instances nationales (Tourism Authority, MTPA, MRA) et internationales (Union européenne, Airbnb, Banque mondiale).
L'AALSIM, créée en 2019, regroupe déjà un large éventail d'opérateurs. Sa mission : structurer, professionnaliser et promouvoir la location à court terme comme un levier de croissance durable pour le tourisme mauricien.
026, année de la transition vers l'enregistrement agile
L'ambition affichée pour 2026 est claire : passer d'un modèle de licence rigide à un système d'enregistrement agile, garantissant à la fois la sécurité des touristes et l'équité fiscale. « Cette transformation nécessite une adaptation stratégique du cadre réglementaire et institutionnel », insiste M. Moodely, qui entend faire du bureau de l'AALSIM le partenaire incontournable des autorités.
Alors que les voyageurs recherchent davantage d'autonomie, d'immersion et de personnalisation, Maurice adapte son offre. La reconnaissance officielle de la parahôtellerie comme pilier du tourisme national marque l'aboutissement d'un long processus. Reste à concrétiser les promesses ministérielles et à traduire cette nouvelle gouvernance en mesures concrètes. Le secteur, en tout cas, se dit prêt.
L'AALSIM en chiffres
• 20 milliards de roupies de retombées économiques directes par an
• Près de 20 000 chambres en location saisonnière (contre environ 14 000 en hôtellerie traditionnelle)
• 1 à 2 touristes sur 4 séjournent en hébergement non hôtelier
• Créée en 2019, l'association regroupe agences, gestionnaires de propriétés et opérateurs indépendants