Il n'est pas rare que les destinations insulaires souffrent de leur propre image. Maurice en sait quelque chose. Pour une large part des voyageurs qui s'y rendent, l'île se résume encore à un décor de carte postale : plages de sable blanc, eaux turquoise, resorts feutrés. Une réputation certes flatteuse, mais qui tend à occulter la richesse d'un territoire autrement plus complexe et attachant.
C'est précisément ce paradoxe qu'est venu dissiper Dinesh Burrenchobay, président de la Mauritius Tourism Promotion Authority, lors de sa prise de parole au salon ITB Berlin 2026, rendez-vous incontournable de l'industrie mondiale du voyage. Avec une franchise que l'on apprécie dans ces milieux souvent policés, il a reconnu la part de vérité contenue dans ce cliché, avant d'en appeler à un regard plus nuancé.
« Nous sommes très bien connus pour nos belles plages et notre océan Indien turquoise. Mais il y a bien plus à explorer sur l'île. » — Dinesh Burrenchobay, président de la MTPA
Des paysages intérieurs à conquérir
Au-delà du littoral, l'île recèle une géographie intérieure d'une rare diversité. Dinesh Burrenchobay recommande en particulier le Geopark des Sept Couleurs, formation géologique polychrome nichée dans la plaine de Chamarel, dont les terres volcaniques offrent un spectacle aussi saisissant qu'intrigant pour les géologues amateurs comme pour les simples promeneurs.
Plus à l'ouest, Le Morne Brabant s'impose comme le symbole de cette Maurice méconnue. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce massif basaltique de 556 mètres domine la côte sud-ouest de l'île et constitue un défi sportif autant qu'un lieu de mémoire — ses falaises ayant servi de refuge aux esclaves en fuite au XIXe siècle. Pour les randonneurs, le Parc National de la Rivière Noire offre plus de cinquante kilomètres de sentiers balisés à travers une forêt tropicale préservée.
À ces attraits terrestres s'ajoutent les richesses marines de la côte ouest, propice à l'observation des dauphins et des baleines, et les îlots discrets accessibles depuis le nord, véritables écrins de tranquillité pour les baigneurs en quête d'authenticité.
« En dix jours, on peut faire bien plus que rester allongé sur un transat. Certains hôtels encouragent désormais leurs clients à sortir, ce qui est une excellente chose. » — Dinesh Burrenchobay
Une île, plusieurs continents
Ce serait toutefois réduire Maurice à sa géographie que d'ignorer ce qui en fait la véritable singularité : sa composition humaine. Carrefour de l'histoire coloniale, l'île a vu se croiser et se mêler des populations d'origines africaine, indienne, européenne et chinoise, donnant naissance à une identité créole d'une richesse inégalée dans la région.
« J'aime dire que nous sommes une île, mais aussi plusieurs continents réunis en un seul lieu », résume Burrenchobay avec une formule qui dit tout. Pour le visiteur désireux de percer ce mystère, la capitale Port-Louis constitue la porte d'entrée idéale. On y navigue en quelques rues du Chinatown — récemment revitalisé par la communauté sino-mauricienne — aux effluves épicés des tables indiennes, en passant par les cuisines créoles qui proposent riz, rougaille et curry de cerf, plat emblématique de l'île.
Le patrimoine religieux témoigne avec éloquence de cette cohabitation : à Port-Louis, la basilique Marie-Reine de la Paix veille sur la ville depuis les hauteurs, tandis que la Jummah Mosque, l'une des plus anciennes de l'océan Indien, atteste de la profondeur de l'enracinement islamique. Au centre de l'île, Ganga Talao — lac de cratère sacré cerné de temples et de sanctuaires — constitue le haut lieu de pèlerinage hindou de l'île, attirant des milliers de fidèles chaque année.
« Je crois que beaucoup de touristes qui viennent à Maurice sont toujours un peu soufflés par le fait qu'un pays aussi petit abrite des populations si différentes, vivant côte à côte, dans une paix remarquable. » — Dinesh Burrenchobay
Le défi du tourisme régénérateur
Au-delà de la promotion de l'offre existante, le président de la MTPA n'a pas éludé les enjeux environnementaux qui pèsent sur l'avenir de la destination. L'île Maurice, comme d'autres États insulaires, subit de plein fouet les effets du changement climatique — érosion côtière, perturbation des écosystèmes marins, pressions sur les ressources en eau douce.
Des mesures d'adaptation sont en cours : renforcement des protections littorales, transition accélérée vers les énergies renouvelables. Mais Burrenchobay voit plus loin, esquissant les contours d'un modèle touristique véritablement régénérateur, où le voyageur ne serait plus seulement un consommateur de paysages, mais un acteur de la préservation du territoire qu'il visite.
« Je pense que nous devrions davantage impliquer les touristes dans des actions qui bénéficient aux communautés locales. Nous pouvons faire plus, et surtout faire mieux. » — Dinesh Burrenchobay
L'ambition est claire : que le voyageur quitte Maurice avec le sentiment d'avoir contribué à quelque chose, et l'envie de revenir. Une équation difficile à résoudre, mais qui pourrait bien définir l'avenir des destinations insulaires dans un monde qui apprend, laborieusement, à voyager autrement.
Source : Euronews Travel, Rebecca Ann Hughes — 9 mars 2026 | ilemauricetourisme.info