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20 mai, 2026

« Bin Your Butt » : la Mauricienne Nathalie Leung Shing primée pour avoir transformé des mégots en œuvre d'art

Primé il y a quelques semaines dans la catégorie Éco-Design lors d'une compétition internationale de design produit, « Bin Your Butt » est le projet de la designer autodidacte mauricienne Nathalie Leung Shing. À partir de filtres de cigarettes ramassés sur la plage de Mont Choisy, elle a fabriqué un panier d'une étonnante beauté, croisant la broderie traditionnelle et le militantisme environnemental. Une démarche qui entend transformer un déchet toxique omniprésent en message civique.

« Bin Your Butt » : la Mauricienne Nathalie Leung Shing primée pour avoir transformé des mégots en œuvre d'art

De Mont Choisy à l'atelier
Au premier regard, l'objet intrigue. Des couleurs franches, des fils brodés avec soin, une texture dense et vivante — tout évoque le panier artisanal traditionnel. Ce n'est qu'en s'approchant que le regard distingue la matière première : des filtres de cigarettes, récoltés à la main sur la plage de Mont Choisy, nettoyés, découpés, déodorisés, puis assemblés en motifs de broderie et de point de croix.

Nathalie Leung Shing, artiste autodidacte, n'a pas choisi ce matériau par provocation. Elle l'a choisi par nécessité documentaire. Les mégots constituent l'une des formes les plus répandues de pollution plastique dans les environnements côtiers. Chaque filtre renferme de minuscules fibres de plastique qui absorbent les substances chimiques du tabac. Abandonnés sous le soleil, la pluie et le vent, ils se fragmentent en microplastiques, libérant dans les sols et les eaux nicotine, métaux lourds et agents cancérigènes. Les animaux marins, incapables de les distinguer de leur nourriture, en ingèrent régulièrement — avec des conséquences souvent fatales. En transformant ces déchets en objet décoratif, la designer rend visible ce que l'habitude a rendu invisible.


La craftivisme comme langage
Le projet s'inscrit dans une mouvance que les milieux du design désignent sous le terme de craftivisme — contraction de craft (artisanat) et activism (militantisme). Il s'agit d'utiliser les techniques manuelles traditionnelles comme vecteur d'un discours politique ou environnemental, selon une logique que Nathalie Leung Shing qualifie elle-même de « protestation douce » : provoquer la réflexion sans confrontation, inciter à questionner plutôt qu'à défendre. Ici, la broderie ne décore pas : elle argumente.

Chaque filtre a été intégré à la structure du panier selon une technique méticuleuse de point de croix, mêlé à des tissus de récupération et des fils de couleur. Le résultat est volontairement séduisant — pour mieux déstabiliser. L'esthétique est mise au service du message : si ce déchet peut devenir beau, c'est qu'il mérite d'être traité avec soin, à commencer par ne pas le jeter sur le sable.

Pour documenter la genèse de l'œuvre, un album-catalogue cousu à la main accompagne le panier. Présenté sous forme de triptyque photographique, il retrace les étapes de fabrication, les techniques utilisées et le portrait de la créatrice elle-même — donnant à l'ensemble la dimension d'un work in progress revendiqué.


Un impact ancré dans le territoire
Au-delà de l'objet, « Bin Your Butt » se déploie comme une campagne. Nathalie Leung Shing anime des ateliers de craftivisme dans les écoles de l'île, associant les enfants à des exercices de collecte, de transformation et de création. L'objectif est pédagogique autant qu'artistique : montrer aux jeunes générations que le geste de ramasser un mégot peut être le point de départ d'une démarche créative.

La dimension médiatique n'est pas négligée. La designer diffuse son travail sur les plateformes locales — radio, télévision, presse et réseaux sociaux — afin d'élargir la portée du message au-delà du public habituel du design. Dans une île dont l'économie repose en partie sur l'attrait de ses côtes, la question de la pollution des plages résonne avec une acuité particulière.


Un prix qui valide une méthode
La distinction obtenue dans la catégorie Éco-Design récompense moins un objet qu'une approche. « Bin Your Butt » n'est pas une solution industrielle à la pollution par les mégots. C'est une démonstration de principe : que l'art peut rendre sensible ce que les chiffres ne parviennent pas toujours à faire comprendre, et que le design, lorsqu'il s'adresse à la conscience autant qu'aux usages, peut constituer un levier de transformation culturelle durable.

Dans un paysage international où l'éco-design tend à privilégier les matériaux biosourcés ou les procédés de fabrication décarbonés, la démarche de cette artiste autodidacte mauricienne rappelle qu'il existe une troisième voie : celle qui commence par regarder en face ce que nous laissons derrière nous.


Maurice double sa mise : Nicolas Dalais primé en architecture résidentielle
La même édition 2026 de la compétition internationale a réservé une seconde distinction à l'île Maurice. Nicolas Dalais, architecte fondateur du cabinet JUGAAD, a remporté le prix dans la catégorie Architecture résidentielle pour une maison achevée à Trou d'Eau Douce, village côtier de l'est de l'île. Le projet réinterprète le conteneur maritime de récupération comme matériau noble d'une habitation tropicale à faible empreinte environnementale. Loin de l'exercice stylistique, la démarche repose sur une logique climatique rigoureuse : absence de climatisation, ventilation croisée assurée par un plan ouvert, des hauteurs sous plafond généreuses et des ouvertures orientées pour capter les alizés. De larges portes coulissantes et des façades perméables dissolvent la frontière entre intérieur et extérieur, invitant la vie quotidienne à se déployer sous les vérandas et dans les passages ventilés plutôt qu'en espaces clos.

L'enveloppe du bâtiment est traitée avec la même cohérence. De larges débords de toiture protègent les façades du soleil et de la pluie, réduisant les apports thermiques tout en permettant aux fenêtres de demeurer ouvertes toute l'année. Le paysagisme joue un rôle climatique à part entière : plantations tropicales denses, sols perméables et arbres positionnés stratégiquement créent de l'ombre, filtrent la poussière et rafraîchissent le microclimat par évapotranspiration. Deux Mauriciens, deux disciplines, une même conviction : que la contrainte environnementale, loin de brider la création, peut en être le moteur le plus fertile.

 

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