Opinion · Éditorial
Grand-Bassin et ses leçons
Après l'agression d'un touriste italien sur le parking de Ganga Talao, ne pas confondre la violence avec un déficit de pédagogie — et tenir le tourisme à sa place, qui est seconde.
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Jean-Joseph Permal
Rédacteur en chef, Île Maurice Tourisme
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17 mai 2026 |
Le 14 mai, en fin de matinée, sur le parking qui surplombe Ganga Talao, un homme de cinquante-trois ans venu d'Italie a été frappé au visage, jeté à terre, roué de coups. Ses lunettes ont fini dans les fourrés. Son téléphone aussi. Le motif invoqué tient en quelques mots : la nourriture qu'il consommait. La police examine les images de Safe City. L'enquête suit son cours.
Voilà le fait. Il faut s'y tenir.
Car déjà, sans attendre, le commentaire s'emballe. On parle pédagogie, signalétique, charte du visiteur. On voudrait faire de ces poings une question d'aménagement. C'est aller trop vite, et c'est mal regarder. Un homme blessé n'est pas une leçon mal apprise. Il est d'abord une victime. Et une victime appelle d'abord la justice, ensuite seulement la réflexion.
Cela dit, le lieu n'est pas indifférent au geste. Ganga Talao n'est pas un site touristique parmi d'autres. C'est, depuis 1898, depuis ce pèlerinage inaugural conduit par Pandit Jhummon Giri Gossagne Nepal, le sanctuaire vivant de l'hindouisme mauricien. Chaque Maha Shivaratri, plusieurs centaines de milliers de fidèles y convergent à pied, depuis tous les coins de l'île. Ce que ces eaux recueillent ne se mesure pas en flux ni en recettes. Cela s'appelle la foi d'un peuple. Et cela mérite mieux qu'un débat sur les pictogrammes.
Un homme blessé n'est pas une leçon mal apprise. Il est d'abord une victime.
Trois exigences, pourtant, peuvent être nommées
D'abord la sécurité. Un parking équipé de caméras d'État ne devrait pas être le théâtre d'une scène pareille. Hors des grandes fêtes, la présence policière y demeure ténue, presque symbolique. Que le responsable de la division Sud, à qui le dossier revient, en tire les conclusions opérationnelles. Vite. Une victime étrangère, frappée au sol, ne peut attendre.
Ensuite la parole. Les règles du lieu, ce n'est ni à l'industrie hôtelière ni aux opérateurs de circuits de les énoncer. Le Hindu Maha Sabha existe. La Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation existe. Les comités de temples existent. Que leur voix porte, et qu'elle soit relayée — par les ambassades, par les compagnies aériennes, par les hôtels — avant l'arrivée des visiteurs sur le sol mauricien. Le respect ne se sous-traite pas. Il s'organise depuis ceux qui en sont, légitimement, les dépositaires.
Enfin la mesure. Limiter la taille des groupes aux abords immédiats du lac. Sanctuariser les heures de prière. Distinguer, par un zonage discret mais ferme, ce qui relève du recueillement de ce qui relève du passage. Rien de spectaculaire. Rien que ne sache déjà faire, ailleurs dans le monde, n'importe quelle autorité religieuse confrontée à la pression des flux.
Le reste viendra, ou ne viendra pas. Là n'est pas l'essentiel.
L'essentiel, c'est de ne pas se tromper d'ordre. Le tourisme n'est pas la finalité de Grand-Bassin. Il en est, au mieux, le témoin de passage. La foi, elle, y demeure.
Nous le savons. Encore faut-il s'en souvenir.
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Jean-Joseph Permal
Journaliste, chroniqueur et fondateur d'Île Maurice Tourisme, il signe régulièrement des éditoriaux sur le tourisme, le patrimoine et l'identité mauricienne. Contributeur de longue date à L'Express Maurice, il dirige aujourd'hui le Bureau des Récits, agence éditoriale premium dédiée à l'hospitalité mauricienne.
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