— Grand Angle · Entretien
Jules Perreau, Directeur régional océan Indien Corsair
Reste que la fidélité ne suffit plus à elle seule. Face à une concurrence qui se durcit — Air Mauritius en tête, sans qu'aucun accord de partage de code ne soit à l'ordre du jour — Corsair a choisi de jouer sa carte sur l'expérience plutôt que sur le prix : une flotte entièrement composée d'Airbus A330neo neufs, une offre triclasse homogène, un maillage qui s'étend désormais à Toulouse et Marseille via un hub réunionnais à peine à 25 minutes de vol. « Maurice reste, à nos yeux, un marché à fort potentiel », affirme Jules Perreau, qui préfère élargir les points d'accès en France plutôt que multiplier les vols au départ de Paris.
Sur le terrain sensible des tarifs, l'équilibre est revendiqué comme une doctrine : la montée en gamme, assure-t-il, ne se fait pas au détriment de l'accessibilité. Même petite musique sur l'environnement, où l'affichage se veut sobre plutôt que spectaculaire — « notre priorité va clairement à la réduction mesurable des émissions plutôt qu'à la compensation ».
Maurice dans le réseau océan Indien
Quelle place occupe Maurice dans la stratégie océan Indien de Corsair, par rapport à La Réunion, Mayotte, Madagascar ?
Maurice compte parmi les quatre grandes destinations océan Indien de Corsair, aux côtés de La Réunion, Mayotte et Madagascar. Nous desservons l'île depuis 20 ans, et proposons aujourd'hui des vols directs toute l'année, jusqu'à 4 fois par semaine au départ de Paris, Toulouse et Marseille. C'est une destination à laquelle nous sommes profondément attachés : elle séduit une clientèle en quête d'une expérience de voyage haut de gamme, mais aussi de nombreuses familles qui font régulièrement l'aller-retour entre la France et l'île.
Comment le trafic vers Maurice a-t-il évolué ces dernières années ?
La ligne connaît une dynamique commerciale très positive, à l'image de l'ensemble de notre réseau, avec un bon taux de remplissage. Une tendance qui doit autant au charme de l'île elle-même — Maurice attire une clientèle exigeante et haut de gamme — qu'à la transformation de notre produit : notre montée en gamme et le renouvellement complet de notre flotte en Airbus A330neo répondent précisément aux attentes de ces voyageurs.
Sur cette même période, comment ont évolué les capacités proposées et le taux de remplissage moyen sur la ligne ?
Corsair opère aujourd'hui jusqu'à 4 fréquences hebdomadaires vers l'île Maurice, dont deux via La Réunion. Tous ces vols sont assurés en Airbus A330neo : notre flotte, entièrement homogène, propose une offre triclasse Economy, Premium et Business, avec environ 350 sièges par appareil. Cette homogénéité garantit à chaque passager le même niveau de confort et de service, quel que soit son point de départ — et le taux de remplissage sur la ligne suit la bonne dynamique observée sur l'ensemble du réseau Corsair.
Ambitions et concurrence
Considérez-vous Maurice comme un marché arrivé à maturité, ou disposant encore d'un potentiel de croissance ? Quelles sont vos ambitions à trois ans ?
Maurice reste, à nos yeux, un marché à fort potentiel, porté aussi bien par la demande touristique française que par les flux affinitaires. Plutôt que de multiplier les vols, nous avons fait un autre choix : élargir les points d'accès en France pour rapprocher l'île des voyageurs de région, une stratégie déjà engagée avec Toulouse et Marseille. Dans cette équation, La Réunion joue un rôle clé de hub pour Corsair dans l'océan Indien : sa proximité avec Maurice — à peine 25 minutes de vol — constitue un atout précieux pour poursuivre ce développement dans les années à venir.
Quel rôle les départs depuis les villes françaises de province peuvent-ils jouer dans le développement de la desserte mauricienne ?
Un rôle central. Corsair est aujourd'hui la seule compagnie aérienne à proposer des vols long-courriers directs entre la province et les Outre-mer. Depuis Toulouse et Marseille, Maurice est déjà accessible via des correspondances fluides depuis La Réunion, notre hub régional. L'objectif reste le même : simplifier le parcours de nos voyageurs — touristes, membres de la diaspora mauricienne installés en France, ou professionnels — en leur évitant le passage systématique par Paris.
Dans un contexte de forte concurrence, notamment face à Air Mauritius, sur quels éléments Corsair entend-elle se différencier ? Un accord de partage de code est-il envisagé ?
Notre différenciation ne se joue pas sur le terrain du prix, mais sur celui de l'expérience : une flotte exclusivement composée d'Airbus A330neo neufs, parmi les plus jeunes au monde, une offre triclasse homogène sur tout le réseau, et une montée en gamme continue de nos services, à bord comme au sol. Aucun partage de code n'est envisagé à ce stade avec Air Mauritius. Et cette concurrence a, somme toute, du bon pour les passagers : elle tire les prix vers le bas et nous pousse à être toujours meilleurs.
« Notre différenciation ne se joue pas sur le terrain du prix, mais sur celui de l'expérience. » Jules Perreau
Tarifs, partenariats et obstacles
Comment la compagnie compte-t-elle répondre aux préoccupations des voyageurs mauriciens concernant le prix des billets ?
Le prix d'un billet long-courrier reflète une structure de coûts que nous nous efforçons de maîtriser en continu : modernisation de la flotte pour réduire la consommation de carburant, optimisation opérationnelle, maîtrise des charges. Mais notre montée en gamme ne se fait pas au détriment de l'accessibilité — nous tenons à préserver des tarifs accessibles pour nos passagers tout en élevant le niveau de service. C'est cet équilibre entre qualité et accessibilité qui définit notre modèle.
Quels partenariats Corsair développe-t-elle avec la MTPA, les hôtels et les professionnels du tourisme pour mieux promouvoir Maurice en France ?
Nous avons signé une convention avec la MTPA (Mauritius Tourism Promotion Authority), ainsi que des partenariats avec plusieurs hôtels locaux. Mais au-delà de ces accords, nous sommes convaincus que Corsair a un vrai rôle à jouer dans le rayonnement des destinations qu'elle dessert — Maurice ne fait pas exception. En tant que transporteur, nous sommes un maillon essentiel de la chaîne touristique, aux côtés des acteurs locaux, pour faire connaître et valoriser l'île auprès de la clientèle française.
Quels sont aujourd'hui les principaux obstacles au développement de Corsair à Maurice : coûts, fiscalité, droits de trafic, saisonnalité ?
Comme pour l'ensemble du secteur long-courrier, la structure de coûts demeure un enjeu constant : fiscalité, redevances, droits de trafic, et plus largement un contexte géopolitique qui pèse aujourd'hui sur le prix du carburant. Autant de paramètres qui influent directement sur nos marges de manœuvre pour développer une ligne, dans un secteur où chaque décision de capacité doit s'inscrire dans un équilibre économique précis. Cela dit, Maurice reste une destination à laquelle nous sommes très attachés, et nous avons la ferme intention de continuer à nous y développer dans les années qui viennent.
La question environnementale
Jules Perreau, directeur régional océan Indien de Corsair.
La compagnie a-t-elle engagé une réflexion sur la dimension environnementale de ses vols long-courriers vers l'océan Indien ?
Chez Corsair, la question environnementale se joue avant tout à la source. Fin 2024, nous avons achevé le renouvellement complet de notre flotte : nos Airbus A330neo permettent de réduire de 25 % les émissions de CO2 par siège par rapport à la génération précédente, et de diminuer de 60 % l'empreinte sonore de nos avions. Nous nous inscrivons également dans la trajectoire réglementaire européenne ReFuelEU, avec des taux d'incorporation de carburants d'aviation durable (SAF) appelés à croître sur les vols au départ de l'UE. Notre priorité va clairement à la réduction mesurable des émissions plutôt qu'à la compensation.