L'océan Indien occidental franchit une étape décisive dans la protection de ses espaces maritimes. L'accord BBNJ (Marine Biodiversity Beyond National Jurisdiction), entré en vigueur ce 17 janvier sous l'égide des Nations unies, marque l'aboutissement de près de deux décennies de négociations internationales. Pour Maurice, petit territoire insulaire mais grande puissance océanique, ce traité représente bien davantage qu'une simple avancée juridique : il consacre une vision stratégique portée de longue date par Port-Louis sur la scène internationale.
Un instrument au service de l'économie bleue
Le texte, qui régit désormais la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales – soit près des deux tiers de la surface océanique mondiale –, répond à une préoccupation majeure des autorités mauriciennes. « En tant que grand État océanique », comme aime à le rappeler la diplomatie locale, Maurice détient une zone économique exclusive de 2,3 millions de kilomètres carrés, soit près de 1 200 fois la superficie de son territoire terrestre.
L'accord prévoit notamment la création d'aires marines protégées en haute mer, un dispositif que Port-Louis considère comme essentiel à la préservation des ressources halieutiques dont dépend largement son économie bleue. Ce secteur, pilier du développement national aux côtés du tourisme et des services financiers, génère plusieurs centaines de millions de dollars de revenus annuels et emploie des dizaines de milliers de Mauriciens, de la pêche industrielle à l'aquaculture.
Le partage équitable des ressources, une victoire diplomatique
Au-delà des enjeux environnementaux, c'est la dimension redistributive du traité qui suscite la satisfaction des autorités mauriciennes. L'accord BBNJ consacre en effet le principe du partage équitable des bénéfices issus de l'exploitation des ressources génétiques marines – ces organismes dont les propriétés biologiques intéressent particulièrement l'industrie pharmaceutique et biotechnologique.
« Une victoire du multilatéralisme et de la solidarité Sud-Sud », s'est félicité le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramphul, saluant un principe longtemps défendu par les pays africains et les petits États insulaires face aux grandes puissances maritimes. Cette reconnaissance juridique pourrait permettre à Maurice et à ses voisins de bénéficier financièrement de recherches menées dans des eaux internationales adjacentes à leurs zones d'influence.
Un engagement diplomatique récompensé
L'île Maurice n'a pas ménagé ses efforts dans l'élaboration de ce cadre juridique inédit. Active au sein de l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS), elle a également fait valoir la position africaine durant les laborieuses négociations qui ont rythmé la dernière décennie. Cette persévérance lui vaut aujourd'hui de siéger au Bureau de la Commission préparatoire, instance chargée de mettre en place les mécanismes institutionnels du traité.
Cette position stratégique permettra à Port-Louis de peser sur les modalités concrètes d'application de l'accord, notamment concernant l'évaluation des impacts environnementaux des activités en haute mer et les procédures d'accès aux ressources génétiques marines. Un rôle d'autant plus crucial que l'océan Indien occidental, zone de transit maritime majeure, fait face à des pressions croissantes : surpêche, pollutions diverses, exploration minière sous-marine.
Les prochains mois seront déterminants pour traduire les ambitions du texte en réalités opérationnelles. Maurice devra désormais harmoniser sa législation nationale avec les dispositions du traité, tout en œuvrant, au niveau régional, à la coordination avec ses partenaires insulaires et continentaux. L'enjeu : transformer cette victoire diplomatique en bénéfices tangibles pour l'économie bleue mauricienne et la préservation d'un patrimoine marin dont dépend l'avenir de l'île.