L'année 2025 restera dans les annales du tourisme mauricien. Avec près de 1,4 million d'arrivées, l'archipel de l'océan Indien pulvérise son précédent record établi en 2018. Les recettes touristiques devraient franchir, pour la première fois, le seuil des 100 milliards de roupies mauriciennes (environ 2 milliards d'euros). Un succès qui masque pourtant des fragilités structurelles, selon Jocelyn Kwok, directeur général de l'AHRIM, l'organisation patronale du secteur hôtelier.
Une diversification des marchés sources qui porte ses fruits
La résilience de la destination mauricienne repose sur un savant équilibre géographique. Si les trois marchés historiques – France, Royaume-Uni et Allemagne – accusent un léger recul de 6.800 visiteurs, cette érosion est largement compensée par la vigueur des marchés de proximité et émergents. L'Inde a fourni 19.000 touristes supplémentaires, la Réunion 4.400 de plus, tandis que l'Afrique du Sud progressait de 3.700 arrivées.
« Ces trois marchés, qui font partie du segment court et moyen-courrier, représentent plus de la moitié de notre croissance nette », souligne Jocelyn Kwok. Le dirigeant se félicite également des performances des marchés secondaires : l'Italie, la Pologne, l'Espagne, Israël, la République tchèque et la Suède ont tous enregistré des progressions notables. Cette diversification constitue, selon lui, le principal atout de Maurice face aux aléas économiques et géopolitiques.
Le spectre de la saturation aérienne
Derrière ces chiffres flatteurs se profile une contrainte majeure : la capacité aérienne. En 2025, le nombre de sièges disponibles n'a progressé que de 2 %, atteignant 2,37 millions contre 2,4 millions en 2019 et 2,43 millions en 2018. « Les compagnies aériennes ont certes amélioré leurs taux d'occupation, mais il faudrait définitivement un nouveau sursaut de capacité en 2026 », prévient l'AHRIM.
Cette stagnation de l'offre de sièges interroge la faisabilité de l'ambition affichée récemment par le Premier ministre mauricien, qui évoque un objectif de 2 millions d'arrivées. Un tel bond nécessiterait non seulement une augmentation substantielle des liaisons aériennes, mais également une réflexion sur la soutenabilité d'un tel développement. « Cet objectif devra éventuellement être cohérent avec notre politique nationale de développement durable », rappelle l'association professionnelle.
Des marchés à reconquérir
Au-delà de la question des infrastructures, l'AHRIM identifie plusieurs gisements de croissance inexploités. L'Afrique du Sud, l'Inde, la Suisse et l'Italie « ont pu faire nettement mieux dans le passé » et représentent autant d'opportunités de « travail de récupération ». Plus spectaculaire encore : l'absence quasi totale du marché chinois dans le classement des principaux pays émetteurs, alors que la Chine générait près de 90.000 visiteurs en 2015, témoigne d'un potentiel considérable en cas de relance dès 2026.
La réussite touristique de Maurice en 2025 illustre ainsi le paradoxe d'une destination victime de son succès. Entre diversification réussie des clientèles et goulets d'étranglement dans les transports aériens, l'archipel devra trancher : faut-il privilégier la montée en puissance quantitative ou consolider un modèle touristique plus qualitatif et durable ? La réponse à cette question conditionnera l'avenir d'un secteur qui représente près de 25 % du PIB mauricien.