Le convoi était parti de Jersey en décembre : 142 œufs, acheminés vers Maurice dans des conditions de température surveillées, puis déposés sur l'îlot dans des unités de protection conçues sur mesure. La méthode avait fait ses preuves un an plus tôt. Elle a été reprise à l'identique.
En janvier, les relevés ont montré autre chose. Les œufs étaient attaqués. Une fourmi à grosse tête, espèce envahissante bien installée à Maurice, s'était infiltrée dans les dispositifs. Pour un quart des œufs que l'équipe pensait éclos, les signes de prédation étaient nets ; pour plus de la moitié des autres, impossible de trancher entre l'éclosion et la perte.
Les scientifiques à l'oeuvre
Un protocole revu en pleine saison
La réponse a consisté à ne plus laisser les œufs sur place. Ils ont été collectés, surveillés quotidiennement, et chaque nouveau-né a été relâché sur l'îlot dans les vingt-huit heures suivant l'éclosion, à la tombée du soir. C'est ainsi que soixante-huit jeunes ont rejoint la population sauvage.
Le Dr Nik Cole, responsable du programme de restauration insulaire chez Durrell, a dit avoir été surpris par l'ampleur de l'attaque, d'autant que la première opération s'était déroulée sans accroc. Selon lui, la réactivité conjointe des équipes a permis de sauver plus de la moitié des œufs venus de Jersey, là où très peu auraient survécu sans intervention.
L'îlot Vacoas ne dépasse guère l'hectare. Il figure parmi les huit îlots du parc national des îlots et son accès est interdit au public. C'est sur ce caillou du lagon de Grand Port, entre l'île de la Passe et l'île aux Fouquets, que se joue une part du destin d'une espèce présente sur quatre îlots seulement au monde.
Ilot Vacoas
Ce que le Wakashio avait emporté
Trois jours après le naufrage, le mazout avait atteint les îlots du sud-est, porté par une mer forte et des embruns pollués. Une opération d'urgence avait alors permis d'évacuer soixante-six reptiles vers le zoo de Jersey, dont trente geckos nocturnes de Coin de Mire, pour constituer une population d'assurance.

Le transfert et l'installation
L'analyse ADN menée ensuite par l'université de Cardiff, à partir de prélèvements de 2021 et 2022, a établi que la marée noire avait modifié la structure génétique de la population sauvage — réduisant sa capacité d'adaptation aux menaces futures. Les animaux gardés à Jersey, eux, avaient conservé le patrimoine génétique d'avant la catastrophe. D'où l'idée de faire revenir cette diversité par les œufs.
Le premier transfert, en janvier 2025, portait sur 57 œufs. Le taux d'éclosion avait atteint 88 %.
L'espèce a été décrite en 1985. Son nom scientifique renvoie à Coin de Mire, l'îlot du nord où elle avait été identifiée pour la première fois.