C'est un point d'étape qui conforte la stratégie engagée il y a un an. Près de douze mois après la fusion qui a donné naissance à ER Group, l'ensemble formé par ENL et Rogers livre des comptes intermédiaires robustes : un chiffre d'affaires stable à Rs 34,4 milliards, un EBITDA en progression de 15 % à Rs 9,4 milliards, et un bénéfice net qui bondit de 22 % à Rs 3,8 milliards. Les flux de trésorerie générés par l'exploitation atteignent Rs 8,6 milliards, de quoi financer sans grever le bilan une feuille de route particulièrement chargée.
« Ces résultats traduisent la solidité de notre modèle intégré et la rigueur avec laquelle nos équipes exécutent notre feuille de route », commente Gilbert Espitalier-Noël, Group CEO. La direction confirme dans la foulée son objectif d'un EBITDA d'environ Rs 12 milliards pour l'ensemble de l'exercice FY26, sauf dégradation marquée du contexte géopolitique mondial.
L'hôtellerie en pointe
Sans surprise, c'est le pôle Hospitality & Travel qui tire la performance vers le haut. Soutenu par une haute saison touristique soutenue, des taux d'occupation élevés et des tarifs en hausse, le segment affiche un bénéfice net de Rs 3,2 milliards, en progression de 43 % sur un an. De nouveaux relais de revenus dans le voyage et l'aviation viennent compléter une dynamique qui confirme la place stratégique du tourisme dans le portefeuille du groupe. Dans un secteur où les marges restent traditionnellement serrées, l'écart de performance de la division illustre le retour en force de la destination Maurice — et la capacité de ses opérateurs à capter une clientèle internationale haut de gamme.
À ses côtés, les autres métiers affichent des trajectoires plus contrastées. Le pôle Finance progresse à Rs 282 millions de bénéfice net (contre Rs 237 millions un an plus tôt), porté par les volumes du crédit et du leasing et par une contribution renforcée de l'associée Swan. Le Real Estate dégage Rs 369 millions : les actifs à rendement, emmenés par Ascencia et Oficea, génèrent Rs 640 millions, mais la promotion immobilière encaisse une perte de Rs 271 millions, conséquence directe des retards d'obtention de permis. Le Commerce & Manufacturing recule à Rs 232 millions (contre Rs 396 millions), pénalisé par un marché automobile rendu plus contraignant pour Axess par l'ajustement des droits de douane sur les véhicules neufs ; Building & Home Solutions, en revanche, gagne du terrain. Agribusiness, Logistics et Technology & Energy restent globalement stables, soutenus respectivement par Eclosia, la croissance du transport au Kenya et le développement des services informatiques.
Cap sur Zanzibar et Nairobi
Au-delà des comptes, c'est la stratégie régionale qui retient l'attention. ER Group a établi une présence à Nairobi et constitué, avec des partenaires investisseurs, un fonds de Rs 1 milliard destiné à accompagner l'expansion de ses filiales en Afrique de l'Est. Le pôle hôtelier ouvre une nouvelle fois la voie : New Mauritius Hotels (NMH) est en passe de finaliser l'acquisition d'un hôtel cinq étoiles à Zanzibar, une opération qui s'inscrirait dans la montée en puissance du groupe sur la côte est-africaine. Ecoasis a, de son côté, déjà posé ses valises sur l'archipel, où elle propose ses solutions énergétiques aux acteurs du tourisme. Des opportunités de développement logistique au Kenya complètent la cartographie d'une expansion africaine désormais assumée.
Un pipeline mauricien dense
Sur l'île, le groupe ne ralentit pas l'allure. Ascencia ouvrira en novembre 2026 un nouveau pôle de loisirs et de restauration au Bagatelle Mall, tandis que la construction du Mall de Flacq — qui accueillera le troisième Decathlon de l'île — se poursuit dans les délais. Oficea enrichit son portefeuille de bureaux de 19 000 m² avec la deuxième phase des Fascines et le projet The Grid. Moka City prépare l'ouverture du Moka Rangers Sports Club. Axess, en quête de relais de croissance, lance la distribution de Xpeng et étoffe sa gamme de véhicules électriques. Ecoasis, enfin, avance sur plusieurs projets photovoltaïques avec les grands consommateurs d'énergie du groupe, dans le droit fil de la stratégie nationale en matière d'énergies renouvelables.
Reste la variable géopolitique. La direction se dit attentive aux tensions internationales et à leurs effets potentiels sur l'activité touristique, principal moteur du semestre. Pour autant, le groupe aborde le dernier trimestre avec confiance. La déclaration d'un dividende final de Rs 0,69 par action, qui porte la rémunération totale FY26 à Rs 1,38 — soit Rs 664 millions versés aux actionnaires —, s'inscrit dans cette logique d'exécution disciplinée. « Notre priorité reste de financer la croissance, protéger la solidité du bilan et servir une création de valeur pour l'ensemble de nos parties prenantes », conclut Gilbert Espitalier-Noël.