Audrey tient le fil. Elle conduit les hôtes dans le monde qu’a connu Mama Zenia, à partir des souvenirs de famille et des traditions reçues au fil du temps. « Ce ne sont pas simplement des histoires que l’on retrouve dans les livres. Ce sont des histoires qui se ressentent, qui font partie de nous et qui se partagent », dit-elle. Recettes traditionnelles, habits d’autrefois, rituels familiaux : par elle, d’une génération à l’autre, les invités découvrent, ou redécouvrent, une culture riche.

Mama Zenia appartient à une génération qui vivait dans la simplicité. Elle puisait dans les savoir-faire du quotidien et gardait un lien profond avec la terre et la mer. Les familles cuisinaient avec ce qui était disponible au jour le jour, partageaient leurs repas, s’entraidaient, et le savoir passait des aînés aux plus jeunes. Le parcours ouvre ainsi un chapitre peu connu de l’histoire de l’île, celui de communautés qui reconstruisaient leur vie tandis que Maurice amorçait son développement. Une époque de dur labeur et de liens familiaux étroits, où la débrouillardise allait de pair avec un profond sentiment de solidarité, et où la culture circulait par la cuisine, la musique, les croyances et la tradition orale. Audrey y évoque aussi l’histoire de l’esclavage au Morne.
Le lieu n’a rien d’anodin. La montagne du Morne Brabant est, pour les Mauriciens, un site historique et fortement symbolique, et la culture mauricienne, célébrée partout autour de l’île, y prend un caractère particulier. La philosophie de The Lux Collective, faire en sorte que chaque moment compte, trouve donc ici une résonance singulière : le Groupe entend créer entre ses hôtes et les destinations qu’ils visitent des liens porteurs de sens. Au Morne, cela veut dire regarder au-delà du paysage, vers les femmes, les hommes et la vie quotidienne qui ont façonné l’identité du lieu.

Du bar à rhum à la case
Mama Zenia se vit en petit comité, de six à huit personnes, et en plusieurs temps. Le récit s’ouvre sur l’histoire du Morne et de l’île Maurice dans son ensemble, puis gagne Letan Lontan, le bar à rhum du resort. La canne à sucre et le rhum y apportent un autre éclairage sur le développement de l’île : le rôle de la canne à Maurice, l’évolution du rhum mauricien, et cette capacité du pays à s’adapter au fil du temps.
Vient ensuite la case de Mama Zenia, visitée brièvement. Inspirée des habitations modestes des villages côtiers d’autrefois, elle rassemble des objets et des matériaux choisis pour leur utilité plutôt que pour leur valeur décorative. Audrey y fait briller le sol à la cire rouge, avec une brosse en fibres de coco, et trie le riz avant la cuisson, selon une coutume d’antan. Le passage est court. Il rapproche pourtant les hôtes de l’univers de la grand-mère, avant le temps fort du parcours.
Poulet touffé et brèdes mouroum
Le repas est l’aboutissement de Mama Zenia. Déjeuner ou dîner, c’est un menu créole fixe, partagé dans un esprit familial autour d’une même table. S’il occupe une place centrale, c’est que la cuisine reste un précieux vecteur de mémoire et de transmission culturelle. Pas question, ici, de relire les plats traditionnels selon les codes de la haute gastronomie : le menu demeure fidèle à l’esprit de la cuisine familiale mauricienne, généreuse et simple, faite pour être partagée.

Au menu, poulet touffé, brèdes cresson, fricassé d’ourite, poisson mariné aux épices, bouillon de brèdes mouroum, chatinis traditionnels, riz et accompagnements locaux. Servi en famille, le repas rappelle l’époque où les plats étaient posés au centre et partagés par tous. La musique traditionnelle, les conversations et les récits font le reste, et la culture locale se découvre par les saveurs autant que par les mots.
Le dessert suit la même approche. Il se compose de racines, carottes, patates douces et arouille, accompagnées d’une sauce à base de coco.