Charles de Loppinot, à qui le manuscrit a été confié pour faire ce travail de restauration et de numérisation, en a longuement parlé avec Pierre-Yves Surcouf, descendant du corsaire, dans la maison familiale près de Saint-Malo. En ligne de mire : le bicentenaire de la mort de Surcouf, commémoré en 2027.
Le document avait traversé plus de deux siècles. Il n’en était pas sorti indemne.
Lorsqu’il est arrivé, il y a quelques mois, entre les mains de Charles de Loppinot, Conseiller des Français de l’Étranger pour Maurice et les Seychelles, le papier comme la main du lieutenant opposaient au lecteur une résistance tenace.
« Lorsque ce document m’a été confié, son état et son écriture rendaient sa lecture particulièrement difficile », écrit-il.
Ce que renfermaient ces feuillets valait l’effort. Le manuscrit plonge directement dans les campagnes de Surcouf dans l’océan Indien et relate l’un des épisodes les plus célèbres de son histoire, la prise du Kent par La Confiance. Le récit d’un officier qui se trouvait à bord.

La statue en bronze de Surcouf
Du savoir-faire de la reliure au renfort de l’IA
Le chantier a été mené par ses collègues de MEMORIST, et notamment par la Reliure du Limousin.
Charles de Loppinot parle d’« un véritable travail de renaissance ». L’ordre des opérations a son importance : le papier passe d’abord entre les mains des restaurateurs, il est ensuite numérisé, et l’intelligence artificielle n’intervient qu’au dernier temps, pour la transcription du manuscrit.
Le sens de l’entreprise, il le résume sans détour : « C’est tout le sens de cette aventure : redonner une voix à un manuscrit vieux de plus de deux siècles, afin que son contenu puisse être lu, étudié et transmis aux historiens comme aux générations futures. »
Pour le lecteur mauricien, ce journal ne parle pas d’un ailleurs lointain. C’est depuis Port-Louis, au temps de l’Isle de France, qu’opérait la flotte de corsaires dont Surcouf reste le nom le plus célèbre, celle qui malmenait alors le commerce anglais.

La façade de la maison familiale
Devant le buste, près de Saint-Malo
La rencontre avec Pierre-Yves Surcouf s’est faite après de nombreux échanges au fil des derniers mois, dans la maison familiale située près de Saint-Malo. Il fut question, bien sûr, du bicentenaire de la mort de Robert Surcouf, disparu le 8 juillet 1827, que Saint-Malo commémorera en 2027. L’essentiel de la conversation, pourtant, a tourné autour du journal de Dumaine de la Josserie, et longuement. Le lieu pesait sur le moment. En parler « dans cette maison familiale et devant le buste de son ancêtre, donnait évidemment une dimension toute particulière à notre échange », confie Charles de Loppinot.
« À quelques mois du bicentenaire, de belles perspectives se dessinent désormais autour de ce manuscrit et de l’histoire qu’il nous raconte », note-t-il, sans en dévoiler davantage pour l’heure. Son message se referme sur trois noms posés côte à côte : Saint Malo, Maurice, Calcutta.
