Le littoral visé, entre Pointe d'Esny et Blue Bay, borde l'un des rares parcs marins classés de l'île, où coraux et herbiers marins sont protégés depuis plus de deux décennies — un voisinage qui donne un relief particulier à la question de l'accès public à ce tronçon de côte.
Sur place, le ministre Mohamed a pris le temps d'échanger avec plusieurs propriétaires et occupants de villas. Le message qu'il leur a adressé tient en une distinction juridique simple mais visiblement mal comprise sur le terrain : louer ou occuper une villa ne confère aucun droit sur le domaine public attenant. La laisse de haute mer et l'alignement autorisé des constructions demeurent les repères qui séparent l'usage privé de l'espace commun. Un propriétaire ou un locataire peut jouir de son bien conformément à la loi, mais ne peut ni déborder au-delà des limites autorisées, ni ériger de structure permanente, ni poser une signalétique laissant croire que la plage serait privée, ni entraver le passage du public.
Le ministre Mohamed sur le terrain
Des installations qui simulent la propriété privée
La tournée d'inspection a permis de recenser des cas concrets : des plantations et divers obstacles disposés de façon à restreindre de facto l'accès, mais aussi, plus frappant, des portails en bois venus enclore des pans entiers de domaine public devant certaines habitations — créant l'illusion d'un jardin privé là où la loi ne reconnaît qu'un espace commun. Aucune de ces installations n'est autorisée. Le ministre a rappelé, sans détour, qu'aucune plage publique n'est privée et que le domaine doit rester accessible à tous.
L'équation, toutefois, ne s'est pas jouée à sens unique. La visite a également relevé des dérives du côté des usagers eux-mêmes : détritus laissés sur place, feux de camp non autorisés, tentes et véhicules stationnés sur le sable, nuisances sonores liées à des systèmes de sonorisation de forte puissance. Le ministre a précisé que l'objectif n'est en rien d'empêcher les activités culturelles et récréatives, musique locale et instruments traditionnels compris, à condition qu'elles ne dégénèrent ni en nuisance ni en source de conflit entre usagers.
Dialogue d'abord, sanctions ensuite
L'approche retenue par les autorités se veut dans un premier temps fondée sur le dialogue, plusieurs propriétaires rencontrés ayant, selon le ministre, manifesté une disposition à coopérer. Mais l'avertissement est sans ambiguïté : le délai notifié devra être respecté. À défaut, l'État engagera lui-même le retrait des structures concernées, conformément à la loi, avec la possibilité d'aller jusqu'à la résiliation de baux dont les conditions ne seraient pas honorées. Des consultations se poursuivront par ailleurs avec les propriétaires de villas et de camps, les ONG, la Beach Authority, les autorités locales et les autres parties prenantes, afin de dégager des solutions durables.
Le ministre Mohamed a tenu à recadrer le débat : il ne s'agit pas, selon lui, d'un conflit entre propriétaires de villas et riverains, mais d'une question de coexistence et de responsabilité partagée. Aux occupants de respecter le domaine public ; au public de préserver la propreté des lieux et de limiter les nuisances. Un suivi de la mise en conformité doit désormais s'organiser sur le terrain.