Tout a commencé par nécessité. Fille de parents divorcés, Vanessa Kershree Govinden entre dans l'hôtellerie non pas par vocation immédiate, mais par responsabilité — celle d'une jeune femme qui doit travailler pour étudier et soutenir les siens. C'est au Legends Hotel qu'elle fait ses premières armes, sous la direction de M. Guillaume Brillatz, dont elle garde un souvenir marquant, et de son second, M. Ravin Unthiah. Une école de rigueur et d'exigence qui pose les fondations d'un quart de siècle dans l'industrie.
Vingt-cinq ans, une dizaine d'établissements prestigieux, des directeurs qui boostent et d'autres qui blessent — Vanessa ne cache rien de la réalité du terrain. Elle évoque avec franchise les tentatives de mise à l'écart, les humiliations discrètes, ce moment où l'on a refusé de lui confier un poste de direction au motif qu'elle n'avait « pas travaillé à l'étranger » — après presque un quart de siècle de carrière locale. C'est cette même franchise qui l'a conduite à s'accorder une pause de huit mois, un souffle nécessaire, retrouvé auprès de sa fille de bientôt seize ans.
Des mentors, des modèles, une éthique
Parmi ceux qui ont compté, elle cite avec affection MM. Jacques Silvant, Patrice Hardy et Julien Glannes, ainsi que des femmes qu'elle admire profondément : Jennifer Ferret, Rebecca Mauleon — des professionnelles qu'elle décrit comme « au sommet, et humaines avant tout ». Car c'est là le fil conducteur de toute sa philosophie : l'humanité avant toute chose. Un sourire, dit-elle, peut changer beaucoup de choses au travail.

Une pratique rare, une vocation discrète
Ce qui distingue Vanessa Kershree Govinden dans le paysage du tourisme mauricien ne se résume pas à son parcours hôtelier. Spécialiste du spa, elle est l'une des rares personnes à Maurice à pratiquer le Chakra healing — et, dans son domaine professionnel, la seule à l'exercer. Une discipline qu'elle met au service des autres, à distance, avec la même conviction qui guide toute sa vie : aider, toujours. « J'avais personne pour m'aider quand j'en avais besoin, confie-t-elle. Alors aider les autres guérit une partie de moi en même temps. »
La femme derrière la professionnelle
Derrière les années de service, les postes, les challenges et les silences imposés, il y a une femme qui lit Robin Sharma, qui médite, qui préfère le Sud de l'île à tout autre endroit, et qui, au fond, n'a jamais oublié d'où elle vient. Elle tient d'ailleurs à le dire avec émotion : si elle est la femme et la professionnelle qu'elle est aujourd'hui, c'est à sa maman qu'elle le doit — sa première force, son socle, sa lumière d'origine.
Persévérance, amour du métier, humanité dans le management : voilà les trois piliers qu'elle transmet à quiconque envisage de s'engager dans le tourisme. Des mots simples, portés par une vie entière. Et une carrière qui, à n'en pas douter, est loin d'avoir dit son dernier mot.
1. En quoi consiste votre métier ?
Gestion des comptes.
2. Pourquoi avez-vous choisi le tourisme et quel est votre parcours professionnel ?
J'ai choisi le tourisme parce qu'à l'époque, je devais travailler — étant une fille avec des parents divorcés, il me fallait trouver un emploi pour poursuivre mes études et aider ma famille. C'est là que j'ai débuté au Legends Hotel, dirigé à cette époque par un directeur qui m'a vraiment boostée, M. Guillaume Brillatz, et son second, M. Ravin Unthiah. Cela fait 25 ans que j'évolue dans le monde du tourisme, où beaucoup de directeurs différents ont marqué ma carrière. Il y en a un en particulier que je tiens à remercier : M. Jacques Silvant, ainsi que M. Patrice Hardy, M. Julien Glannes et bien d'autres. Il y en a aussi certains qui m'ont poussée à prendre une pause avec l'hôtellerie, par leur façon de faire.
3. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l'exercice de votre métier ?
Les difficultés, pas vraiment, parce que chaque poste que j'ai occupé m'a appris beaucoup de choses… Mais être traitée de toutes sortes de façons parce qu'on voulait se débarrasser de vous, c'était difficile, et c'est là que j'ai décidé de prendre une pause. Pour moi, l'humanité avant toute chose.
4. Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait faire la même carrière que vous ?
Persévérance, aimer ce qu'on fait et le faire avec beaucoup d'amour, et toujours diriger avec plus d'humanité, parce qu'un sourire peut changer beaucoup de choses au travail.
5. Pensez-vous que le rôle de la femme est suffisamment valorisé dans le tourisme ?
Oui et non. Je sais que j'avais postulé pour être la seconde d'un hôtel et qu'on m'avait carrément dit : « Vous n'avez pas travaillé à l'étranger. » J'étais surprise, après presque 25 ans de carrière et plusieurs grands hôtels — je me pose des questions quand même…
6. Avez-vous le sentiment que vous devez faire deux fois plus qu'un homme pour vous imposer dans votre métier ?
Pas vraiment, mais je suis fière d'avoir travaillé avec des femmes qui sont aujourd'hui au sommet… comme Jennifer Ferret, très humaine et prête à aider tout le temps.
7. Comment arrivez-vous à concilier votre travail avec votre rôle de femme, de mère, d'épouse ?
C'était difficile, mais je voulais vraiment me faire un nom dans ce milieu… Cette pause de 8 mois m'a fait du bien : j'ai eu plus de temps avec ma fille, qui aura bientôt 16 ans, et que je n'avais pas vraiment…
8. Avez-vous un rôle modèle (local ou international) ?
Localement, beaucoup : Jennifer Ferret, Rebecca Mauleon, Raphaël Julien, Julien Glannes, Jacques Silvant, Patrice Hardy, et Sydney Pierre, que j'ai côtoyé au Naiade et aussi en tant que client du Chakra.

9. Quelles sont vos passions ?
Aider les autres, c'est ma passion, parce que je n'avais personne pour m'aider quand j'en avais besoin. Alors aider les autres guérit une partie de moi en même temps.
10. Gourmande ou gourmet ?
Gourmande.
11. Quelle a été, pour vous, la plus grande avancée féminine de ces 10 dernières années ?
Pour moi, la plus grande avancée féminine des 10 dernières années, c'est la normalisation de la présence des femmes aux postes de pouvoir et de décision.
Représentation politique : Entre 2016 et 2026, le nombre de femmes cheffes d'État ou de gouvernement a nettement augmenté. On a vu Giorgia Meloni en Italie, Sanna Marin en Finlande, Mia Mottley à la Barbade, Claudia Sheinbaum au Mexique. Cela brise le plafond de verre symbolique : une fille de 10 ans voit aujourd'hui des modèles à la tête de pays.
Économie : Les conseils d'administration à 40 % de femmes sont devenus la norme dans l'UE grâce aux quotas votés en 2022. Résultat : plus de femmes décident des budgets, des embauches, des stratégies.
Sciences & tech : Prix Nobel de chimie 2020, 100 % féminin, avec Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna pour CRISPR. Et Katie Bouman a mené l'équipe qui a produit la première image d'un trou noir en 2019. La science cesse d'être « un truc de mecs » dans l'imaginaire collectif.
12. Quelle est la place du sport dans votre vie ?
Je mange, lol… Je ne suis pas sportive du tout, mais je médite beaucoup et je pratique beaucoup de Chakra à distance pour aider les autres.
13. Le dernier livre que vous avez lu ?
Robin Sharma — The Wealth Money Can't Buy. C'est le livre dont il dit lui-même que c'est « le plus spécial » qu'il ait écrit. Il y développe l'idée qu'il existe 8 formes de richesse que l'argent ne peut pas acheter : croissance, santé, famille, métier, argent, communauté, aventure et service. L'objectif : vivre une vie vraiment riche, pas seulement matériellement.
14. Quel est l'endroit que vous préférez le plus à Maurice ?
Le Sud.