Une surprise que peu de voyageurs anticipent
Pour beaucoup, la découverte des Gorges de la Rivière Noire est une rupture. On quitte progressivement la côte, la température se rafraîchit, la végétation change de visage. À mesure que l'on s'enfonce dans le parc, les panoramas s'ouvrent sur des ravines couvertes de forêt dense et des reliefs qui semblent appartenir à une autre île — loin, très loin des cartes postales.
C'est précisément ce qui fait le charme de cet endroit. C'est aussi ce qui impose une préparation sérieuse.
Peut-on réellement se perdre dans les Gorges ?
Les sentiers les plus fréquentés du parc sont bien connus des randonneurs. Pourtant, les Gorges restent un vaste espace naturel où l'orientation peut devenir plus délicate qu'elle ne paraît au premier abord. Dans certaines zones, quelques centaines de mètres suffisent pour se retrouver dans un environnement très différent de celui que l'on croyait connaître. Lorsque la forêt se referme et que les vallées se ressemblent, les repères visuels s'effacent.
Au fil des années, plusieurs opérations de recherche ont été conduites dans le parc pour retrouver des visiteurs égarés.
Une des cascades inaccessibles des Gorges
Pourquoi certains randonneurs perdent-ils leur orientation ?
La météo joue souvent un rôle. Les Mauriciens connaissent les changements rapides qui caractérisent les hauteurs du plateau central : une matinée parfaitement dégagée sur le littoral peut correspondre à un brouillard dense du côté de Pétrin ou des hauteurs des gorges. La visibilité se réduit brusquement, et des itinéraires familiers prennent alors une tout autre apparence.
Dans les cas rapportés publiquement, la perte d'orientation résulte généralement d'une combinaison de facteurs : méconnaissance du terrain, changement soudain des conditions, éloignement du sentier balisé, surestimation de ses propres repères. Les professionnels de la randonnée recommandent pour cette raison quelques règles simples : partir tôt, emporter suffisamment d'eau, disposer d'une carte hors ligne, prévenir un proche de son itinéraire et rester sur les sentiers balisés.
Le téléphone portable ne constitue pas une garantie absolue. Certaines portions du parc bénéficient d'une bonne couverture réseau, d'autres beaucoup moins. Une batterie externe et une application GPS fonctionnant hors connexion peuvent s'avérer décisives.
Le Coq des Bois, oiseau endémique de l'île Maurice
Que faire si l'on perd son chemin ?
Le premier réflexe est de s'arrêter. Les spécialistes du secours en milieu naturel le rappellent régulièrement : une personne qui continue à marcher au hasard complique sa propre localisation. Mieux vaut prendre le temps d'analyser la situation, revenir vers le dernier point identifié avec certitude, ou attendre dans un endroit dégagé. Préserver la batterie de son téléphone, rester visible et conserver son calme figurent parmi les conseils les plus constants dans ce type de situation.
Ce qu'il faut emporter
Téléphone chargé à 100 % et batterie externe, carte GPS téléchargée en mode hors ligne, au moins 1,5 litre d'eau par personne, chaussures adaptées à la marche en terrain naturel, casquette et protection solaire, coupe-vent léger, quelques en-cas, petite trousse de premiers secours. Et, avant de partir : communiquer son itinéraire à un proche ou à son hôtel.

Le parc en quelques repères
Créé en 1994, le parc national des Gorges de la Rivière Noire s'étend sur environ 6 574 hectares et protège une part significative des forêts indigènes mauriciennes. Son réseau de sentiers dépasse les soixante kilomètres. On y observe plusieurs espèces emblématiques de l'île : le pigeon rose, le faucon crécerelle de Maurice, la grosse roussette. Le Piton de la Petite Rivière Noire — point culminant du pays à 828 mètres — s'y trouve également.
Parmi les randonnées les plus appréciées de l'île : le Morne Brabant, le Piton de la Petite Rivière Noire, le sentier de Macchabée, Lion Mountain, Corps de Garde. Chacun offre une perspective différente sur les paysages mauriciens, entre forêt endémique, reliefs volcaniques et panoramas côtiers.

Un majestueux Bois d'Ebène
Questions fréquentes
Les Gorges sont-elles dangereuses ? Non. Les sentiers les plus fréquentés sont accessibles à la majorité des visiteurs. Comme dans tout espace naturel, une préparation minimale et le respect des itinéraires balisés restent toutefois indispensables.
Peut-on visiter sans guide ? Oui. La plupart des sentiers se parcourent en autonomie. Pour les itinéraires les plus longs ou les moins fréquentés, l'accompagnement d'un guide apporte davantage de confort et de sécurité.
Quelle est la meilleure période ? Le parc se visite toute l'année. La période mai-octobre est souvent privilégiée pour ses températures plus clémentes.
Combien de temps prévoir ? Entre une heure pour les principaux points de vue et plusieurs heures pour les randonnées les plus complètes.
Une île plus secrète
Les Gorges de la Rivière Noire révèlent une facette de Maurice que le littoral ne donne pas à voir. Une biodiversité remarquable, des paysages préservés, une atmosphère que l'on rencontre rarement ailleurs sur l'île. On comprend l'attachement que leur portent de nombreux Mauriciens : on y vient pour marcher, observer les oiseaux, retrouver le silence, ou simplement découvrir une île plus secrète. Une expérience accessible à tous — à condition d'aborder cet espace naturel avec la prudence et l'humilité qu'il mérite.
PHOTOS : François Duchenne

