Des Mauriciens de toutes les régions de l’île ont adopté ses promenades et ses activités. Les Port-Louisiens y ont retrouvé le chemin de leur front de mer. Pour Dr Zaheer Allam, ce basculement dit beaucoup : « Le fait que les Mauriciens se soient approprié le Caudan au-delà des prévisions initiales est particulièrement révélateur. On peut planifier des commerces et construire des bâtiments, mais un quartier prend vie lorsque les habitants y trouvent leur place. Au Caudan, on vient aussi pour marcher, retrouver des proches ou simplement s’asseoir face à la mer. Cette fréquentation donne au lieu une valeur qui dépasse ses activités commerciales. Pour les futurs projets de régénération à Port-Louis, cela pose une question essentielle : quelle place réserve-t-on à celles et ceux qui viennent profiter de la ville sans nécessairement consommer ? »

Avant le Caudan, le vieux port s’était vidé. Les activités portuaires étaient parties vers Mer Rouge et le front de mer était en grande partie abandonné. Après la fermeture des bureaux, on décrivait Port-Louis comme une « ville morte ». Depuis ses bureaux, Yvan Lagesse, alors Directeur général de la MCB, a vu le potentiel de ces quais. En 1989, Caudan Development Ltd achète le terrain. L’architecte Maurice Giraud garde plusieurs anciens bâtiments des docks et le ruisseau du Pouce retrouve son cours naturel. À l’ouverture, le site compte entre autres l’hôtel Le Labourdonnais et un food court, ce qui était alors une nouveauté à Maurice.

René Leclézio , qui a dirigé le projet à ses débuts, revient sur l’intention de départ : « Dès l’origine, nous avons imaginé Le Caudan Waterfront non pas comme un centre commercial traditionnel, mais comme un véritable quartier de Port-Louis. Maurice “Mico” Giraud, qui était le cerveau architectural du projet, a conçu un plan d’aménagement profondément ancré dans la ville et inspiré par une architecture tropicale et méditerranéenne, dont certains éléments sont encore très visibles aujourd’hui. Le concept de waterfront nous venait des États-Unis, mais nous avons été particulièrement guidés par l’expérience du Cape Town Waterfront. Notre ambition était de reconnecter Port-Louis à son front de mer et de créer un lieu vivant, ouvert et ancré dans son environnement urbain. Mais au-delà de l’architecture, nous avons toujours été convaincus que le succès du Caudan dépendrait aussi de la renaissance de Port-Louis. »

Le Caudan Arts Centre, relais culturel de la capitale
Théâtre, danse, musique, expositions : d’après son directeur Ashish Beesoondial, le Caudan Arts Centre profite directement aux restaurants et aux boutiques du waterfront. Il veut maintenant relier le Blue Penny Museum, Odysseo et d’autres institutions par un « cultural path » à travers Port-Louis. Dr Farrah Jahangeer parle, elle, d’« économie de l’expérience ». Selon elle, ce qui fait la performance d’une ville, ce ne sont plus seulement ses commerces : ce sont aussi la qualité de ses environnements, sa culture et ses usages quotidiens.

De Bank One aux Salines, un front de mer plus vaste
Dr Zaheer Allam invite à voir plus large que la portion entre Bank One et le Suffren. Pour lui, le waterfront va du Port et de l’Aapravasi Ghat jusqu’aux Salines, en passant par l’Odysseo Oceanarium et le Cruise Terminal. Il rappelle aussi la place que le Caudan occupe déjà : « Le Caudan Waterfront a incontestablement joué un rôle essentiel dans notre identité et constitue aujourd’hui un véritable point de repère pour la ville. La connexion avec la ville reste un défi, mais les gens continuent d’y venir chaque jour pour ce qu’ils y trouvent et que seul le Caudan offre : une forme de déconnexion de la ville, tout en en faisant partie intégrante. »
René Leclézio compare l’avenir de la capitale à un « puzzle ». Bâti réhabilité, espaces publics, mobilité, logement et culture devront s’y assembler autour d’une vision commune : « Le Caudan Waterfront ne doit pas être considéré isolément. Il y a le Caudan, le secteur autour du musée de l’esclavage, les anciens bâtiments, la Gare du Nord, Chinatown et d’autres projets urbains qui peuvent progressivement recomposer une véritable dynamique de Port-Louis. »
Pour Dr Farrah Jahangeer, Port-Louis devra aussi faire face à la montée du niveau de la mer et aux inondations, en repensant ses systèmes de drainage et sa relation avec le littoral. En 2026, le Caudan réunit commerces, restauration, artisanat, hôtellerie, bureaux, loisirs, culture et promenade maritime.

