Dans l’hôtel même, tout le monde ne sait pas ce que ce nom raconte. Le naufrage de 1744 a pourtant inspiré Paul et Virginie, le roman que Bernardin de Saint-Pierre publie en 1788 et par lequel ce bateau reste si étroitement attaché à l’île Maurice. C’est ce nom que Simon Milet a voulu faire revivre.
L’envie, au départ, tient en une phrase : « Pour l’occasion, j’avais à cœur de réaliser une pièce artistique en chocolat pour nos clients. » Et il ajoute : « Le public est toujours friand du travail artisanal, et c’était aussi une belle occasion de mettre à profit ma passion pour le chocolat. » Reste à trouver la pièce qui parle de cet hôtel-là. Faire revivre le navire s’impose, et ses collègues le confortent dans ce choix. « Après avoir discuté avec mes collègues, je me suis rendu compte que ce sont surtout les anciens qui connaissent l’histoire de ce bateau, dont le naufrage a inspiré le célèbre roman Paul et Virginie. » Les plus jeunes ne connaissent pas toujours l’histoire qui se cache derrière le nom de leur hôtel. Le chef tient son navire.
De Saint-Malo aux sucreries de La Bourdonnais
La réflexion commence début juillet. Avant de toucher au chocolat, Simon Milet se plonge dans l’histoire du bateau et étudie des dessins et des maquettes existantes pour en retrouver les formes, les mâts et les proportions. Puis il multiplie les plans et les schémas.
Les recherches lui réservent une surprise. Construit en Bretagne, le Saint-Géran transportait notamment du matériel destiné aux sucreries de Mahé de La Bourdonnais, alors gouverneur de l’île. « Le hasard fait que je suis originaire de Saint-Malo, tout comme Mahé de La Bourdonnais, un nom qui ne m’était pas inconnu puisque, durant mon enfance, je passais régulièrement devant sa statue à Saint-Malo. » Dans cette ville d’armateurs et de mémoire maritime, le projet change d’échelle et devient intime.
L’enfance revient aussi par un autre chemin. Le modélisme naval l’a toujours attiré, et petit, il fabriquait lui-même des maquettes. Ce savoir-faire, il le retrouve à Maurice, où les maquettes de bateaux appartiennent à l’artisanat local et plaisent particulièrement aux touristes. Trop de raisons convergent. « C’est bon, je me lance ! »
Voiles, canons et sirène de proue, tout en chocolat
Au début, son équipe s’interroge. « Mon équipe m’interroge parfois sur ce que je suis en train de faire, car au début, il faut bien l’avouer, ça ne ressemble pas à grand-chose ! » Petit à petit, avec l’installation des mâts, le navire prend forme. Le chef mesure alors l’ampleur de ce qui reste à accomplir, et reconnaît avoir largement sous-estimé le travail nécessaire.
Semaine après semaine viennent les cordages, les voiles, les canons et les barils de rhum. Puis la figure de proue, une sirène qu’il réalise entièrement lui-même et qui fait écho à celle du portail, à l’entrée de l’hôtel. Le tout est mené en parallèle de ses responsabilités quotidiennes, si bien qu’il ne saurait dire combien d’heures la pièce a exigées. « Chaque élément demande de la réflexion, de la précision et surtout beaucoup de temps. »
« Je suis particulièrement fier d’avoir réussi à mener ce projet jusqu’au bout, car c’est sans doute l’une des pièces les plus complexes que j’ai réalisées jusqu’à présent. »
Il y attache aussi une ambition de transmission. « J’espère surtout qu’à travers cette création, je pourrai transmettre un peu de ma passion pour ce métier aux plus jeunes, mais aussi donner envie aux touristes comme aux Mauriciens de s’intéresser davantage à l’histoire de l’île et à celle de ce fameux Saint-Géran. »
Entre les premières réflexions, début juillet, et l’exposition du navire à l’hôtel, il se sera écoulé trois mois et demi.