Louis Ange Perrine, commissaire à l'Agriculture de Rodrigues, s'est rendu à Maurice pour recevoir la certification des mains du ministère des Affaires étrangères. Douze années séparent le dépôt du dossier de son aboutissement. « Après 12 ans d'attente, c'est un moment historique pour Rodrigues », a-t-il résumé, avant d'annoncer la suite : miel, haricot rouge et petit piment suivront le même chemin.
L'IGP change la donne pour quiconque transforme ou commercialise le limon rodriguais. Aucun produit fabriqué à partir de cet agrume ne pourra désormais circuler sans le label. Une demande d'autorisation devra être déposée auprès de la Commission de l'Agriculture, qui communiquera la procédure aux producteurs et entrepreneurs concernés. Une période moratoire est envisagée pour écouler les stocks déjà en rayon, non estampillés.
Un fruit désormais défini par un cahier des charges précis
Le label ne se contente pas de protéger un nom : il fixe des critères. Le limon Rodrig désigne l'intégralité du fruit frais de l'espèce Citrus aurantifolia L., cultivée exclusivement sur le territoire de Rodrigues. Peau lisse, diamètre de 25 à 50 mm, vert clair à maturité fraîche puis jaune à pleine maturité pour la transformation. Sa teneur en limonène dépasse 47%. Sa vitamine C varie de 390 à 480 ppm selon le stade de maturité. Le jus, lui, représente 20 à 30% du poids du fruit, acidulé, parfumé à la citronnelle.
La production s'étend sur toute l'île, du niveau de la mer jusqu'à 300 mètres d'altitude — sous le regard, en surplomb, du Mont Limon, point culminant de Rodrigues à 398 mètres, sur la ligne de crête qui structure le relief de l'île. Sol volcanique et calcaire, climat plus sec que celui des autres Mascareignes, isolement géographique prononcé, pratiques manuelles et familiales sans intrant chimique : le cahier des charges attribue à ces facteurs combinés la spécificité du fruit face aux autres citrons verts de la région.
Un ingrédient déjà incontournable du quotidien rodriguais
Le limon Rodrig n'a pas attendu son label pour s'imposer. Au même titre que le petit piment, il fait partie des produits que l'île consomme et exporte avec une fierté particulière. Le jus de limon, pressé frais, tient lieu de boisson nationale à Rodrigues ; hôtels et lodges se font un point d'honneur de le servir systématiquement au petit-déjeuner. On le retrouve aussi bien dans le punch rodriguais que sous forme d'achards, deux déclinaisons devenues des marqueurs identitaires de la table locale. L'IGP officialise ainsi une reconnaissance qui, dans les faits, précédait largement le cahier des charges.
Miel, haricot rouge, petit piment : la liste des candidatures à venir est connue. Reste à voir dans quel délai la commission de l'Agriculture instruira les dossiers suivants.

