Une voix née dans la tourmente du seggae
Il y a des artistes dont la carrière accompagne une époque. Ras Natty Baby en fut l'un des symboles pour l'île Maurice des années 1990. Originaire de Rodrigues, il s'impose sur la scène locale dans le sillage de Kaya, figure fondatrice du seggae — ce mélange de séga et de reggae qui prend forme dans le contexte de contestation sociale des années 1980. En 1990, il sort Nouvel Vizion avec son groupe les Natty Rebels, album qui contient plusieurs titres devenus des classiques du genre : Rastafari, Leve do mo pep, Zom, Mo lamizik, Nou Zwenn ansam, Linzistis ou encore Mwin ptit mazanbik. L'enregistrement se fait encore sur cassettes. Le succès est immédiat.
Au fil des décennies, il produit huit albums, tourne dans les îles de l'océan Indien et en Europe, et s'installe un temps en France. Son répertoire s'élargit — Mo pep ki esklav, Vibration rasta zom, Pran Gard, Get Ready, Trinité — tout en restant fidèle à ses engagements : la lutte contre la discrimination, les inégalités sociales, la pauvreté. Il consacre également un album à la cause des Chagossiens, dont le territoire a été transformé en base militaire américaine.
L'ultime combat
Sa fin de vie aura été à l'image de son parcours : âpre, publique, entourée de solidarité. Hospitalisé après une infection bactérienne au pied doublée de complications cardiaques, il lance un appel à la solidarité qui mobilise notamment l'OMCA Foundation et l'Union des Artistes. Le 8 avril, son état s'aggrave brusquement ; il est transféré d'urgence en Inde pour une intervention cardiaque complexe que l'OMCA Foundation décrit, dans un communiqué, comme « techniquement réussie, comprenant la pose de stents et des procédures avancées de cardiologie interventionnelle ». Mais les suites opératoires sont sévères. « Malgré tous les efforts constants des équipes médicales, et la prise en charge intensive jusqu'au dernier moment, le patient est malheureusement décédé en soins intensifs cet après-midi », précise le même communiqué publié dimanche.
Il venait de fêter ses 72 ans le 14 avril.
Une trajectoire marquée par ses contradictions
L'homme ne fut pas sans zones d'ombre. Arrêté pour trafic de drogue en 2003 puis en 2007, il comparaît devant la Commission Lam Shang Leen en 2017. Il y déclare avoir soldé sa dette envers la société, affirmant par ailleurs souffrir lui-même du fléau de la drogue, ayant un proche piégé par ce problème. Ces épisodes n'entament pas durablement son aura, tant son engagement artistique et militant paraît sincère à son public.
« Une voix, une conscience »
La nouvelle de sa mort a rapidement franchi les frontières de l'île. Les médias réunionnais, qui rappellent qu'il s'était produit à La Réunion à de nombreuses reprises — dont deux concerts en décembre dernier —, saluent en lui « l'emblématique chanteur renommé dans les Mascareignes pour son seggae ». À Maurice, le Premier ministre a publié un message sobre et senti : « Ras Natty Baby était bien plus qu'un artiste. Il était une voix, une conscience, un symbole de paix, de résilience et d'unité. À travers sa musique et ses convictions, il a marqué toute une génération et continuera d'inspirer longtemps encore. »
Son nom restera gravé dans l'histoire de la musique mauricienne.
Ile Maurice Tourisme présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Ras Natty Baby.