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Île Maurice Tourisme

ÎLE MAURICE TOURISME

Les racines de l'île Maurice
Patrimoine & mémoire · 17 juin 2026

Maurice, 1967 : année zéro

Quand une nuit au Touessrok coûtait Rs 40

 
Maurice, 1967 : année zéro — brochure Mauritius Innerspace Eldorado

Couverture de Mauritius Innerspace Eldorado, brochure distribuée par le Mauritius Government Tourist Office lors d'Expo 67 à Montréal. © Collection Expo67.museum, MUS001.

En 1967, à quelques mois de l'indépendance, le Mauritius Government Tourist Office distribue à Montréal, lors de l'Exposition universelle, une brochure intitulée Mauritius Innerspace Eldorado. Le document promeut une île encore vierge d'infrastructures hôtelières, vendue par ses récifs, ses épaves et ses légendes de pirates. Les tarifs hôteliers qu'il détaille — de Rs 10 à Rs 85 la nuit — donnent la mesure d'un secteur balbutiant. Cette pièce d'archive éclaire la genèse d'une industrie devenue, six décennies plus tard, l'un des piliers de l'économie mauricienne.

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Une vitrine pour une île en transition

L'année 1967 concentre plusieurs basculements pour Maurice. Le pays se prépare à accéder à l'indépendance, tandis que naît Air Mauritius, appelée à structurer durablement les flux touristiques vers l'île.

C'est dans ce contexte que le Mauritius Government Tourist Office choisit Expo 67 — plus de 50 millions de visiteurs attendus à Montréal — comme tribune pour se présenter aux marchés nord-américain et européen, alors largement étrangers à la destination.

La brochure distribuée à cette occasion tranche avec les codes promotionnels actuels. Le luxe hôtelier n'y figure qu'en marge. L'argument central est ailleurs : c'est celui de l'aventure et de l'exploration.

« Maurice s'y présente comme un Ocean Frontier Outpost, un avant-poste de l'océan Indien plutôt qu'une destination de villégiature. »

L'exploration plutôt que le balnéaire

Le titre du document, Innerspace Eldorado, donne le ton. Récifs coralliens, montagnes volcaniques, cascades, lagons et îlots sauvages occupent l'essentiel de l'iconographie, tandis que les établissements hôteliers restent quasi absents des photographies.

Le Morne, Pieter Both, les flamboyants et les paysages volcaniques composent alors l'image de marque de l'île — à une époque où ni les Maldives ni les Seychelles n'ont encore construit leur positionnement international. Maurice s'affirme ainsi, dès cette période, comme une destination exotique de l'océan Indien.

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Le royaume des plongeurs et des chasseurs de trésors

La plongée sous-marine occupe une place centrale dans la brochure, qui invite les visiteurs à explorer les récifs, passes et fonds marins de Grand-Baie, Trou-d'Eau-Douce, Black River et des îlots du Nord. Le document mentionne également les nombreuses épaves disséminées autour de l'île, support d'un argumentaire fondé sur les trésors engloutis.

Il rapporte ainsi qu'en novembre 1800, le corsaire Robert Surcouf aurait dissimulé dans la boue de Port-Louis le butin pris à bord du HMS Kent pour échapper aux autorités — un trésor resté introuvable. Authentique ou légendaire, le récit participe à l'image d'une île mystérieuse que la brochure cherche à construire.

Quand une chambre coûtait Rs 10

Touessrok Rs 40 (1 pers.) — Rs 70 (2 pers.)
Chaland Hotel Rs 40 à Rs 85 selon confort
Morne Plage Hotel à partir de Rs 25
Golden Tourist Hotel à partir de Rs 10
National Hotel Rs 12,50 (petit-déj. inclus)
Hotel des Touristes à partir de Rs 20
Légende descriptive de la capture

Capture écran de la brochure © Collection Expo67.museum, MUS001.

Une économie qui ne mise pas encore sur le tourisme

En 1967, Maurice n'accueille que quelques milliers de visiteurs internationaux par an, dans une économie dominée par l'industrie sucrière. Les infrastructures touristiques restent limitées, et l'accès à l'île s'effectue par les vols d'Air France, de la BOAC ou de South African Airways, ainsi que par voie maritime depuis l'Europe, l'Afrique et l'Asie.

La place accordée par la brochure aux moyens de transport témoigne déjà de l'importance stratégique de l'accessibilité pour le développement du secteur.

Les pionniers de l'hôtellerie mauricienne

Parmi les établissements cités figurent Le Touessrok, le Chaland Hotel (aujourd'hui le Shandrani) , le Morne Plage Hotel (aujourd'hui Dinarobin et Le Paradis) , le Park Hotel à Curepipe et plusieurs hôtels du centre de Port-Louis (tous disparus) . Certains ont disparu, d'autres ont été transformés, mais tous appartiennent à la première génération de l'hôtellerie mauricienne.

Conservé aujourd'hui dans la collection Expo67.museum sous la référence MUS001, ce livret rare — acquis en 2021 auprès d'une librairie sud-africaine après avoir été rapporté en souvenir par un visiteur de l'Exposition de 1967 — fixe le moment précis où Maurice, à la veille de son indépendance et de la naissance d'Air Mauritius, a commencé à se raconter au monde. Soixante ans plus tard, le contraste entre cette île vendue comme territoire d'aventure et la destination balnéaire qu'elle est devenue mesure, mieux qu'aucun chiffre, l'ampleur de la mutation touristique mauricienne.

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Source : James Armstrong, Mauritius, Innerspace Eldorado, MUS001, Collection Expo67.museum. Reproduction et citation autorisées par Expo67.museum. Fiche du document : expo67.museum

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