Trente-six hommes sur l’Atlas
Le navire avait quitté Calcutta plus de six semaines auparavant. Le dimanche 2 novembre 1834, dans l’après-midi, l’Atlas entre dans le port de Port-Louis avec à son bord trente-six travailleurs indiens, liés par un contrat rédigé en bengali. Aucune femme parmi eux. Le gouverneur n’autorise le débarquement que le lendemain, et les hommes ne foulent le sol de l’île que le 4 novembre, selon les registres des Archives nationales. Ils sont ensuite dirigés vers les terres sucrières d’Antoinette, dans le district de Rivière-du-Rempart.
Ce premier contingent ouvre ce que l’histoire a retenu sous le nom de « Grande Expérience ». Au total, 462 800 travailleurs engagés débarqueront à Maurice ; plus de 350 000 d’entre eux franchiront, entre 1849 et 1910, les portes du dépôt de Trou Fanfaron, l’ancien Coolie Ghat rebaptisé Aapravasi Ghat en novembre 1989 et aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial. Le 2 novembre est férié depuis 2001.
Soixante-dix voiles au large du Coin de Mire
Vingt-quatre ans plus tôt, c’est par le nord que l’île avait changé de mains. Au matin du 29 novembre 1810, une flottille de soixante-dix navires, venus de Rodrigues, de l’Inde et du Cap, mouille entre le Coin de Mire et la côte. Mer d’huile, vent nul. Plus de quatre mille hommes sont mis à terre entre dix heures et quatorze heures sur les plages de Bain-Bœuf, et le reste des troupes suit les jours d’après, éprouvé par la chaleur et la soif sur un chemin sans rivière, au plus fort de la saison sèche. Le général Decaen, atteint au pied lors d’une inspection des lignes, mesure vite le déséquilibre des forces. Le drapeau blanc est hissé le dimanche 2 décembre ; la capitulation est signée aux premières heures du 3, et l’Isle de France passe sous administration britannique.
Un monument aux dômes de bronze, érigé par la Société de l’Histoire de l’île Maurice et inauguré en 2010, marque aujourd’hui le lieu du débarquement.

Les lampes de Divali
Ce dimanche 8 novembre, l’île s’éclaire autrement. Divali, la fête des lumières, se célèbre la nuit de la nouvelle lune du mois hindou de Kartik. Dès la tombée du jour, les lampes en terre cuite s’alignent sur les murets et les rebords de fenêtres, des faubourgs de Port-Louis aux villages de l’intérieur, et les gâteaux traditionnels passent d’une maison à l’autre, bien au-delà de la seule communauté hindoue. Le nom même de la fête renvoie à une rangée de lumières.
Robert-Edward Hart, le poète de Souillac
Novembre est aussi le mois d’un poète. Robert-Edward Hart meurt le samedi 6 novembre 1954, à soixante-trois ans, dans sa maison de Souillac. Né en 1891 à Tranquebar, dans les faubourgs de Port-Louis, bibliothécaire du Mauritius Institute de 1923 à 1941 à la suite de son père, il s’était retiré dans le Sud au moment de sa retraite. Son premier logis emporté par un cyclone, c’est son ami Émile Labat qui lui bâtit La Nef, de ses mains, avec des coraux tirés du lagon de Souillac. L’auteur des Poèmes solaires, paru en 1937, fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique en 1949 puis chevalier de la Légion d’honneur en 1953, y vivra jusqu’à sa mort, face à la mer.
Il repose au cimetière marin de Souillac, qu’il appelait son « cimetière fantasmagorique ». Mais pas tout entier : conformément à sa volonté, son cœur fut prélevé après sa mort et il est conservé à Port-Louis, longtemps dans les locaux de l’ancien Mauritius Institute. La Nef, rachetée par l’État et transformée en musée, a ouvert ses portes au public le 6 novembre 1967, treize ans jour pour jour après sa disparition. Non loin de là, la houle a creusé dans la falaise un profil que la tradition attribue au poète.
Les ambiances du mois
Le 1er novembre, Maurice est entrée dans l’été austral et dans la saison cyclonique officielle, qui court jusqu’au 15 mai. Le soleil se lève un peu avant 5 h 30 en début de mois et atteint, dans la seconde quinzaine, ses levers les plus précoces de l’année, vers 5 h 20 ; le soir, il se couche au-delà de 18 h 30 à l’approche de décembre, et la journée franchit le cap des treize heures. Cette année, l’été s’ouvre sous le signe d’un épisode El Niño de très forte intensité. Les services météorologiques prévoient des températures supérieures aux normales, avec des pointes possibles autour de 36 °C sur la côte ouest certains jours, et des pluies d’été déficitaires, autour de 80 % de la moyenne, dont l’installation est attendue la dernière semaine de novembre. Dans le bassin du sud-ouest de l’océan Indien, cinq à sept tempêtes devraient être baptisées ; la première, Agueda, l’a été dès le 20 octobre par Météo Madagascar. Dans les champs, la coupe entre dans sa dernière ligne droite, la récolte devant s’achever à la mi-décembre.
Deux jours fériés
Le 2 novembre, commémoration de l’arrivée des travailleurs engagés, est tombé un lundi. Divali, elle, coïncide cette année avec le dimanche 8 novembre. Le prochain jour férié sera Noël, le vendredi 25 décembre.
