Des indicateurs qui résistent à la conjoncture
Il ne suffit pas, dans l'hôtellerie de luxe, d'afficher de bonnes intentions : les marchés, eux, regardent les chiffres. Ceux que présente Lux Island Resorts pour le trimestre clos au 31 mars 2026 témoignent d'une progression mesurée mais réelle. Le chiffre d'affaires atteint Rs 3,1 milliards, soit une hausse de 9 % sur un an. L'EBITDA s'établit à Rs 947 millions, en progression de 13 %, tandis que le bénéfice attribuable au groupe s'élève à Rs 499 millions, contre Rs 486 millions à la période correspondante de l'exercice précédent — une progression modeste de 3 %, mais qui prend tout son sens dans le contexte d'une charge fiscale alourdie.
Car le groupe a dû absorber les effets de la Fair Share Contribution, la nouvelle taxe de 5 % instaurée à Maurice. La charge d'impôt est ainsi passée de Rs 110 millions à Rs 133 millions, soit une hausse de 21 % — un renchérissement significatif que les résultats opérationnels ont néanmoins su compenser.
Un bilan financier maîtrisé, malgré l'expansion
La solidité du bilan mérite d'être soulignée. Alors que le groupe a finalisé l'acquisition du terrain de l'hôtel LUX* Saint-Gilles à La Réunion — financée à parts égales par fonds propres et emprunt bancaire —, le ratio d'endettement demeure contenu à 20 %. Une discipline financière d'autant plus notable que le trimestre a également été marqué par le remboursement anticipé des obligations convertibles MIC et par des échéances sur emprunts à long terme. Au 31 mars 2026, le solde de trésorerie s'établissait à Rs 1,07 milliard, signe d'une gestion du cash flow rigoureuse dans une période d'investissements actifs.
Le tourisme mondial progresse, avec des nuances géographiques
Sur le plan opérationnel, Lux Island Resorts bénéficie d'un contexte touristique globalement favorable à Maurice, où 348 000 visiteurs ont été enregistrés au cours du trimestre, soit une progression de 6,7 % par rapport à l'année précédente. L'Europe reste le premier marché émetteur. Le taux d'occupation du groupe atteint 81 % — en hausse d'un point —, le prix moyen par chambre (ADR) progresse de 9 % et le revenu par chambre disponible (RevPAR) de 11 %, trois indicateurs qui reflètent à la fois un volume et une montée en gamme de la demande.
La situation est plus contrastée aux Maldives, où la fréquentation n'a progressé que de 0,2 %, avec une clientèle dominée par la Chine et la Russie — deux marchés particulièrement sensibles aux aléas diplomatiques et économiques mondiaux.
L'ombre du Moyen-Orient sur les perspectives
C'est sur ce point que le discours du groupe se fait plus prudent. Désiré Elliah, directeur général de Lux Island Resorts, a reconnu que si « la guerre au Moyen-Orient n'a pas eu d'impact significatif sur notre chiffre d'affaires à Maurice et à La Réunion à ce stade », les Maldives, elles, « ont été davantage touchées ». Plus préoccupant : « les réservations anticipées pour le dernier trimestre sont en baisse par rapport à l'année dernière ». Le dirigeant a toutefois tempéré cette réserve en précisant que l'impact final « dépendra de la gravité et de la durée du conflit, ainsi que des pressions inflationnistes liées à la hausse des prix du pétrole et d'autres matières premières ».
Dans ce contexte d'incertitude calibrée, la direction se dit confiante : l'exercice clos au 30 juin 2026 devrait être « au moins à la hauteur des résultats de l'année dernière » — formulation prudente, mais qui, dans l'environnement actuel, constitue déjà un engagement solide.
Le conseil d'administration a par ailleurs déclaré un dividende final de Rs 1,75 par action, avec une option de versement en euros pour les actionnaires éligibles — une attention à une base d'investisseurs internationaux qui dit aussi quelque chose de la vocation du groupe.