Tout a commencé à l'âge de cinq ans. Khalid Nazroo le dit sans détour : il voulait être peintre. Pas musicien, pas architecte. Peintre. Plusieurs décennies plus tard, l'homme n'a pas dévié d'un iota de cette trajectoire tracée par l'instinct et le talent. « Je suis né peintre », affirme-t-il avec la tranquille assurance de ceux qui n'ont jamais eu à chercher leur voie, parce qu'elle s'est imposée à eux dès le premier regard posé sur le monde.
Son œuvre témoigne d'une exigence rare. Travaillant par cycles, il investit tour à tour la toile, le papier, la gravure, la sculpture, sans jamais s'enfermer dans une discipline unique. On lui doit notamment une mosaïque de quarante-cinq mètres au Château de Mon Plaisir, dans le cadre idyllique du Jardin de Pamplemousses — œuvre monumentale qui s'inscrit dans le paysage mauricien comme une évidence. Sa toile Le Saut a, quant à elle, rejoint les collections permanentes du Fonds National d'Art Contemporain, à Paris, consécration qui place Nazroo parmi les artistes dont l'œuvre dépasse les frontières de l'océan Indien.
Sur la beauté, il est sans concession. « Il n'y a pas de beauté en art, seulement la vérité », tranche-t-il, comme pour congédier d'emblée toute esthétique de façade. Une conviction nourrie, entre autres, par les peintures rupestres de Lascaux — dont le célèbre taureau l'a inspiré au point de lui rendre hommage à travers une œuvre personnelle, un taureau tropical ancré dans son île natale.
C'est d'ailleurs vers Picasso que se tourne son admiration la plus fervente. Lorsqu'il est à Paris, Khalid Nazroo ne manque jamais de consacrer une demi-journée au Musée Picasso, installé dans le splendide Hôtel Salé du Marais. Un pèlerinage qui en dit long sur ses exigences artistiques. Son plus grand plaisir ? Se retrouver dans son atelier — il en a occupé plusieurs, à Maurice comme à l'étranger — ou travailler ses Photoprints, ces œuvres nées du dialogue entre création plastique et technologie numérique.
À un jeune artiste qui solliciterait ses conseils, Nazroo répond avec une franchise désarmante : « Ne me suivez surtout pas. Restez vous-même et vous trouverez votre voie. » Quant aux compliments, il s'en méfie. L'approbation des autres ne semble guère le préoccuper, lui dont la vocation n'a jamais vacillé, jamais douté.
Mauricien jusqu'au bout des doigts, il le revendique avec une fierté tranquille. « Je suis mauricien et le resterai jusqu'à ma mort. » L'île, ses lumières, ses couleurs, sa mémoire — tout cela irrigue son œuvre en silence, comme une source intarissable à laquelle il revient toujours.
Khalid Nazroo ne fait pas de l'art pour plaire. Il en fait parce qu'il ne pourrait pas faire autrement.
Si vous deviez vous présenter, que diriez-vous ?
Je suis Khalid Nazroo, plasticien (peintre, graveur, etc.)
Y a-t-il eu un moment décisif où vous avez décidé de suivre votre voie en tant qu'artiste ?
Je disais vouloir être peintre depuis l'âge de 5 ans !
Pouvez-vous nous parler du processus de création de vos œuvres ?
J'ai des cycles de travaux sur toiles, papiers et autres supports (mosaïque de 45 m au Château de Mon Plaisir, Jardin de Pamplemousses, par exemple).
Pour quelle œuvre d'art aimeriez-vous que l'on se souvienne de vous ?
J'ai la toile « Le Saut » au Fonds National d'Art Contemporain, à Paris, France, entre autres.
Comment définiriez-vous la beauté ?
Il n'y a pas de beauté en art, seulement la vérité…
Avez-vous une photographie ou une peinture préférée qui vous inspire ?
Le taureau de la grotte de Lascaux (j'avais réalisé un taureau tropical, en hommage).
Quel est votre plus grand plaisir dans la vie ?
Me retrouver dans mon atelier (j'en ai eu plusieurs à Maurice et ailleurs). Mes Photoprints, réalisés sur imprimantes.
Quel artiste (mauricien ou étranger) du passé aimeriez-vous rencontrer ?
Picasso, bien sûr (je passe toujours une demi-journée à l'Hôtel Salé — le Musée Picasso — quand je suis à Paris).
Avez-vous déjà eu un moment où vous avez entièrement remis en question votre carrière ?
Jamais remis en cause ma vocation !
Quelle est votre routine quotidienne lorsque vous travaillez ?
Pas de routine dans ma création : je procède de manière cyclique, avec des phases de dessin, peinture, gravure, sculpture, etc.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune artiste qui voudrait suivre vos pas ?
Ne me suivez surtout pas ! Restez vous-même et vous trouverez votre voie.
Pourquoi aimez-vous ce que vous faites ?
Je suis né peintre !
Un compliment qui vous fait fondre ?
Je n'aime pas les compliments.
À quel point l'île Maurice est-elle une source d'inspiration pour vous ? Je suis mauricien et le resterai jusqu'à ma mort…