Il y a des vocations qui ne se décident pas, elles s'imposent. Pour Yoan Natchoo, le tourisme n'a jamais été un choix de raison — c'est une évidence émotionnelle, presque physique. « Chaque service est une rencontre, chaque client une histoire », confie-t-il avec la sobriété de ceux qui n'ont plus besoin de convaincre. À 35 ans, ce Mauricien natif de Port-Louis dirige le Rooftop de l'un des établissements les plus courus de la Côte d'Azur, au cœur d'un Saint-Tropez qui ne pardonne aucune approximation.
Son parcours est celui d'une ascension méthodique, jalonnée de choix courageux. Des premières armes au Labourdonnais Waterfront Hotel aux tables étoilées de Nîmes, en passant par les rives de Tamarin et les salles de formation des Meilleurs Ouvriers de France, Yoan Natchoo n'a cessé d'élargir son horizon sans jamais perdre de vue ses racines. Car derrière le directeur accompli se dessine toujours le Mauricien, profondément attaché à cette « empathie naturelle » et à ce « sens du service » qu'il considère comme l'héritage le plus précieux de son île.
Expatrié en France depuis 2022, il porte un regard lucide et bienveillant sur l'industrie touristique mauricienne — ses talents trop souvent méconnus, ses perspectives à construire, et l'urgence de repositionner les métiers de l'hospitalité comme ce qu'ils sont réellement : des métiers d'excellence. Son leitmotiv, il le résume en sept mots qui valent programme : « Prenez du plaisir en donnant du plaisir. »
1. Pourquoi avoir choisi le tourisme ?
J'ai choisi le tourisme parce que c'est un secteur profondément humain. Il repose sur l'émotion, la relation et l'expérience. Chaque service est une rencontre, chaque client une histoire. C'est un métier vivant, dynamique, où l'on crée des souvenirs.
2. En quoi consiste votre métier ?
Mon rôle consiste à orchestrer, avec mes équipes, une expérience culinaire haut de gamme. Il s'agit autant de gestion que de leadership : structurer, inspirer, former et veiller à ce que chaque détail contribue à une expérience d'exception.
3. Quelle formation avez-vous suivie ?
Après l'obtention de mon baccalauréat au Lycée La Bourdonnais en 2008, j'ai poursuivi un BTS Assistant de Gestion PME-PMI à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Maurice. J'ai ensuite obtenu une Licence en Sciences de Gestion en partenariat avec l'IAE de Poitiers. J'ai complété mon parcours académique à Vatel Maurice, où j'ai obtenu un MBA en Hotel Management en 2017.
4. Quel a été votre parcours professionnel ?
Ma carrière débute réellement en 2015 au sein du groupe Indigo (aujourd'hui Ninety-Six Hotel Collection) au Labourdonnais Waterfront Hotel, en tant que stagiaire Assistant F&B Manager. J'ai eu l'opportunité de participer à un important projet de rénovation, puis d'évoluer au sein du groupe en reprenant le département F&B du Suffren Hotel & Marina à la fin de mon stage.
J'ai ensuite contribué au développement F&B du groupe Royal Park, avant de m'éloigner temporairement de l'hôtellerie pour piloter l'activité restauration du Riverland Sports Club à Tamarin. Ce projet m'a permis de développer un pôle restauration complet, de la cuisine au service, et d'installer un concept et un business model pérennes.
J'ai par la suite également collaboré avec des Meilleurs Ouvriers de France à travers Service à la Française, spécialisé dans la formation aux métiers d'excellence. Après la pandémie, j'ai repris la gestion du F&B du restaurant Big Willy's à Tamarin tout en développant en parallèle une activité de consulting, notamment auprès d'ENL Foundation sur un projet de Women Empowerment à travers la cuisine créole mauricienne.
Début 2022, je me suis expatrié en France pour diriger le service d'une brasserie signée par le Chef Pierre Gagnaire à l'Hôtel L'Imperator à Nîmes. Depuis 2024, j'occupe le poste de Directeur de Restaurant à l'Hôtel de Paris Saint-Tropez, où je pilote le développement opérationnel et stratégique de son Rooftop, au cœur de Saint-Tropez.
5. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l'exercice de votre métier ?
Le principal défi reste de trouver et de fidéliser des collaborateurs passionnés. Ce métier exige engagement, rigueur et endurance. Sans passion, il devient difficile.
6. Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait embrasser une carrière dans votre spécialité ?
Faites vos choix par passion et conviction. Les journées sont longues et exigeantes, mais si vous gardez en tête la raison pour laquelle vous avez choisi ce métier, vous trouverez toujours l'énergie pour avancer.
7. Pourquoi avoir choisi de vous expatrier ?
Pour accélérer ma progression professionnelle et me confronter à un environnement international plus exigeant.
8. Est-il facile de vivre et de travailler à l'étranger ? Comment s'est passée votre adaptation à un nouvel environnement culturel et au style comportemental du pays d'accueil ?
Non, ce n'est jamais totalement simple. Être étranger implique une phase d'adaptation culturelle, professionnelle et administrative. Il faut gagner la confiance des équipes locales et comprendre les codes du pays. Cela dit, mon adaptation en France s'est faite naturellement grâce à mon cursus scolaire français et à la proximité culturelle.
9. Quel est le sacrifice le plus important que vous avez dû faire pour vivre votre métier à l'étranger ?
M'éloigner de ma famille et de mes proches.
10. Pourquoi est-ce que le savoir-faire mauricien s'exporte aussi bien ?
Parce que Maurice est une terre d'accueil reconnue mondialement. L'hospitalité y est presque instinctive, transmise de génération en génération. Les Mauriciens ont une empathie naturelle et un véritable sens du service.
11. Reviendrez-vous partager votre expérience au pays ?
Oui, le moment viendra. Mais j'ai encore besoin de poursuivre mon parcours international avant de revenir partager cette expérience.
12. Quelle a été votre plus grande satisfaction professionnelle ?
M'expatrier en France et travailler aux côtés du Chef Pierre Gagnaire.
13. Quel regard portez-vous sur l'industrie touristique mauricienne ?
Maurice regorge de talents, mais beaucoup s'expatrient faute de perspectives suffisamment attractives. Il est essentiel de mieux valoriser et retenir la main-d'œuvre locale.Concernant le tourisme local (interne), un véritable travail de fond doit être mené. La pandémie nous a rappelé l'importance de ne pas dépendre uniquement des marchés internationaux. Rendre l'offre plus accessible aux Mauriciens devrait devenir une priorité stratégique sur le long terme.
14. Si vous deviez choisir un slogan pour l'île Maurice ?
"Mauritius, A home away from home."
15. Une bonne idée que l'on pourrait appliquer au monde du travail mauricien, que vous avez retenue lors de votre expatriation ?
Revaloriser les métiers de l'hôtellerie-restauration en les positionnant comme des métiers d'excellence, de compétence et de leadership, et non comme des choix par défaut.
16. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui est intéressé par les métiers du tourisme ?
Je lui citerais mon leitmotiv : "Prenez du plaisir en donnant du plaisir."
17. Quel est votre but professionnel ultime ?
Devenir un professionnel accompli et transmettre mon expérience à travers le coaching et le mentoring, dans des écoles ou des entreprises.
18. Qu'est-ce qui vous manque le plus de l'île Maurice ?
Ma famille, bien sûr ! Mais aussi la richesse de la diversité culturelle que ce pays a à offrir.
19. Auriez-vous pu atteindre votre plein potentiel si vous étiez resté à Maurice ?
Je ne pense pas. J'avais besoin d'élargir mes horizons et de me confronter à d'autres standards pour progresser pleinement.
20. Quel est le mot ou la phrase mauricienne qui vous fait garder le moral ?
"Manz ar li !"