Il faut parfois traverser un océan pour se retrouver chez soi. C'est en substance le message qu'a livré, il y a trois semaines, Johan M. León Hernández, directeur général du cluster mauricien du groupe Riu. L'hôtelier cubain y compare son quotidien à Maurice à sa Havane natale — exercice inattendu, mais étonnamment éclairant. Le texte, qui a recueilli plus d'une cinquantaine de réactions, déroule un parallèle qui paraît d'abord saugrenu : deux îles aux antipodes, qu'opposent les langues, les régimes politiques et des milliers de kilomètres d'océan. « Cela peut sembler une comparaison inattendue », concède d'emblée le dirigeant. À mesure que se déploie sa réflexion, les ressemblances s'imposent pourtant.
Le climat, premier dénominateur commun
C'est par la peau que commence la familiarité. Une chaleur humide et constante, qui « enveloppe » et impose son tempo. Sur les deux îles, le temps se mesure autant en sensations qu'en heures : soleil dru à midi, brise au crépuscule, vie qui se joue dehors plus qu'entre quatre murs. La latitude tropicale dicte un même art de vivre, en deçà des continents et des idéologies.
La canne à sucre, un ADN partagé
Le paysage prolonge cette impression. Verdure dense, champs ouverts, et surtout cette canne à sucre qui imprègne, écrit-il, « l'ADN du territoire ». L'analogie n'est pas anecdotique. À Cuba comme à Maurice, la canne a façonné les économies, structuré les hiérarchies sociales, modelé les traditions. Elle a aussi engendré le rhum, qui dépasse de loin la simple boisson : « un symbole culturel », observe Johan M. León Hernández, qui raconte des histoires « de célébration, de résistance, d'identité ».
L'ombre portée de l'esclavage
C'est pourtant dans l'histoire que se loge, selon lui, « la ressemblance la plus profonde ». L'empreinte de l'esclavage marque les deux sociétés — leur musique, leur cuisine, la manière même dont les communautés se construisent et tiennent ensemble. Une mémoire douloureuse qui a aussi donné naissance à une « richesse culturelle extraordinaire, pleine de résilience et de mélange ». Les historiens connaissent bien ces parallèles : les sociétés de plantation des Mascareignes et des Caraïbes ont produit des créolités cousines, nées d'une même violence coloniale et d'un même métissage subi.
RIU Palace
Un esprit d'île qui transcende les langues
Restent les hommes. La chaleur des gens, la proximité, le rire facile : il y a, dit l'hôtelier, « quelque chose dans l'esprit de l'île qui transcende le langage ». Formule heureuse, qui résume une réalité anthropologique — les petites sociétés insulaires partagent souvent des codes de sociabilité plus proches entre eux qu'avec leurs voisins continentaux.
La méditation se referme sur une intuition presque géographique. Vivre à Maurice, pour ce Cubain, n'est pas seulement s'installer ailleurs : c'est se retrouver autrement. « Maurice m'apprend que, parfois, le monde n'est pas aussi vaste qu'on le pense », conclut-il, « et que les racines culturelles se trouvent dans les endroits les plus inattendus. » Une confidence d'hôtelier qui dit, en filigrane, que le tourisme insulaire n'est jamais tout à fait une affaire d'évasion. Plutôt, parfois, de reconnaissance.
