Un départ après quinze ans de bâtisseur
C'est une page qui se tourne dans le paysage institutionnel du tourisme mauricien. L'AHRIM a annoncé ce 20 février le départ à la retraite de son Chief Executive Officer, Jocelyn Kwok, dont le mandat aura duré près de quinze ans — un temps long, rare dans les associations professionnelles, et qui dit quelque chose du crédit qu'il y aura accumulé.
Nommé en 2011, Jocelyn Kwok a traversé avec l'AHRIM des séquences décisives pour l'industrie : la montée en puissance de la concurrence régionale, la crise sanitaire qui a paralysé le secteur, les transitions réglementaires et les nouvelles exigences de durabilité. Sous son impulsion, l'association s'est imposée comme une force de proposition crédible auprès des pouvoirs publics, défendant avec constance des dossiers structurants — compétitivité, formation professionnelle, dialogue public-privé — dans un secteur où les intérêts sont souvent divergents.
« Il a contribué à consolider la voix du secteur touristique et à renforcer le positionnement stratégique de l'association au service du pays », a déclaré Stéphane Poupinel de Valencé, Président de l'AHRIM, saluant « l'engagement, la rigueur et la hauteur de vue » d'un dirigeant dont le départ, décidé dès 2023 en concertation avec le Conseil d'Administration, prendra effet le 30 avril prochain. Trente-cinq ans de vie professionnelle au service du développement économique de l'île s'achèvent ainsi dans un ordre soigné, loin de toute précipitation.
Shirin Gunny, l'architecte d'écosystèmes
La succession ne relève pas du hasard. À l'issue d'un processus de recrutement décrit comme rigoureux, le Conseil d'Administration a porté son choix sur Shirin Gunny, dont le profil détonne quelque peu dans l'univers traditionnel de l'hôtellerie — ce qui est sans doute précisément le propos.
Diplômée de HEC Montréal, cette cadre mauricienne s'est forgée à l'international avant de revenir à Maurice en 2012 pour conduire l'une des initiatives économiques les plus emblématiques de la décennie : la création du label Made in Moris, aujourd'hui devenu un écosystème fédérant plus de 250 entreprises, 400 marques et plus de 4 000 produits dans huit secteurs différents. Une réalisation qui illustre sa capacité à transformer une idée en architecture institutionnelle durable.
Depuis quatre ans, à la tête de l'Association of Mauritian Manufacturers, elle a consolidé un rôle de plaidoyer exigeant, mobilisant acteurs publics et privés autour d'enjeux de compétitivité industrielle, d'innovation et de transition écologique. Des thématiques qui résonnent aujourd'hui avec les défis propres au tourisme.
« Shirin Gunny apportera à l'AHRIM une vision stratégique, une forte capacité de mobilisation et une compréhension fine des dynamiques économiques nationales », a souligné Stéphane Poupinel de Valencé, convaincu qu'elle saura inscrire l'association dans « une nouvelle phase de consolidation et d'innovation ». Elle prendra ses fonctions le 1er mai 2026, après une période de passation organisée à partir de la mi-avril.
Un secteur à la croisée des chemins
Au-delà du symbole, cette transition reflète les ambitions d'une association consciente que le tourisme mauricien doit se réinventer. Pression environnementale, transformation numérique, évolution des attentes d'une clientèle internationale plus exigeante : les chantiers sont nombreux, et la feuille de route de la nouvelle CEO s'annonce chargée.
En confiant les rênes à un profil issu du monde industriel et de l'économie créative plutôt que de l'hôtellerie stricto sensu, l'AHRIM envoie un signal. Celui d'une institution qui mise sur le croisement des disciplines et l'ouverture stratégique pour aborder une période de mutation profonde — avec, en toile de fond, la volonté affirmée de rester une référence incontournable du développement économique national.