Pas de chambres, pas de clés. Le mot « hôtel » désignait alors un endroit où l’on se retrouve autour d’une table, et l’enseigne l’a porté de longues années avant de devenir Restaurant Lai Min. Edmond Lai Min y voulait un espace convivial pour les familles et les amis, où les affaires se traitent autour d’un plat, et où le visiteur de passage dans la capitale trouve un accueil chaleureux.

Hotel Lai Min, Port-Louis, années 1940.
L’histoire commence pourtant loin des fourneaux. Né en 1910, Edmond Lai Min quitte Guangzhou, l’ancienne Canton, et débarque à Maurice à l’âge de dix ans. Il fait ses premières armes dans une modeste boutique de la rue Wellington, enchaîne les métiers, ouvre un commerce, puis bascule vers la restauration. En 1946, épaulé par son épouse Paule, née Leung Pew, une Mauricienne, il acquiert un bâtiment de bois à étages sur la route Royale et le transforme en restaurant. Le couple aura huit enfants, quatre filles et quatre fils.
Au rez-de-chaussée, un immense comptoir vend des viandes rôties, entre deux vitrines de biscuits et de chocolats et un bar installé dans un coin. Un escalier de bois monte vers les cabines privées de l’étage. Aux fourneaux, des cuisiniers chinois de l’île, rejoints plus tard par d’autres venus de Chine, préparent boiled noodles, bol renversé, sow chue, chia sive, bao buns et tête de porc. Les douceurs sont faites sur place : gâteau zétoile, gâteau macaroni, mooncakes, riz gluant en feuilles de bambou.

Karen Cheryl chez Lai Min.
Turfistes, vedettes et visiteurs de marque
Le samedi, l’adresse affiche complet. Les amateurs de courses hippiques y prolongent leur journée au Champ-de-Mars autour d’un banquet, dans une ambiance de fête qui a marqué les esprits. Gaëtan Duval, le père du tourisme mauricien, y conduit ses visiteurs de marque pour leur faire découvrir la diversité de l’île. Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Dalida, Karen Cheryl ou l’inénarrable Carlos comptent parmi les habitués.
Une photo des archives du restaurant en garde la trace. Au-dessus de la rue, une banderole souhaite la bienvenue, en anglais et en français, aux clients du Touessrok : les hôtes de l’hôtel sont en ville. En dessous, la danse du lion défile devant l’enseigne Restaurant Lai Min.
Le séga a fixé la mémoire du lieu. Dans « Cité Port Louis », Serge Lebrasse cite Hotel Lai Min, signe de la place que tient l’adresse au cœur de la capitale et dans le patrimoine culturel mauricien.
1968 marque le premier tournant : le bâtiment de bois cède la place à une structure en béton, agrandie et dotée d’une vaste terrasse où l’on dîne en profitant de la vue. Dans les années 1980, l’enseigne essaime. Une seconde adresse ouvre à Pointe-aux-Canonniers, avant de fermer quelques années plus tard. Tous les trois mois, des soirées dinner & dance avec musique live réunissent plusieurs générations de clients. À la fin de la décennie naît le service traiteur, qui porte la cuisine du restaurant dans les hôtels et les salles de réception, des mariages aux banquets nationaux.

Edmond Lai Min et son épouse Paule, entourés de leurs enfants.
Jean Pierre et Jean Marc Lai Min aux commandes depuis 1985
La transmission suit l’ordre des générations. Fils aîné d’Edmond et Paule Lai Min, Laval est le premier à rejoindre son père : il apprend le métier dans la gestion quotidienne, puis lui succède. Le restaurant passe ensuite à Jean Pierre, Jean Michel et Jean Marc. Depuis 1985, Jean Pierre Lai Min et Jean Marc Lai Min en assurent la direction, attachés aux valeurs transmises par leur père.
Sous leur conduite, la carte avance sans renier ses bases. Le décor change en 2000, le slogan « The Perfect Taste » s’installe en 2006 et le Ying Yang Steamboat arrive en 2008. Les lieux sont transformés en 2012, puis le premier site internet est lancé en 2016. En 2018 vient le Stuffed Duck with Taro Cream, ce canard farci à la crème d’arouille devenu emblématique. La livraison à domicile se développe en 2021, un an avant le Chinese Hot Grill. Les soirées dansantes, animées par un orchestre, ont aujourd’hui lieu chaque samedi.
Pour ses 80 ans, le restaurant expose une rétrospective de son histoire dans l’établissement et inscrit à sa carte un nouveau plat signature, le Steamed vieille rouge on a bed of soft tofu. Des remises de 30 % s’appliquent du 3 au 8 novembre, puis de 15 % du 10 au 29 novembre 2026, sur les plats à la carte uniquement, hors menus, boissons et livraison à domicile.
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