Il y a quelque chose d'assez rare, dans le paysage industriel mauricien, dans la trajectoire des Vergers de Labourdonnais : celle d'une entreprise qui n'a jamais rompu avec ses origines, tout en construisant, patiemment, décennie après décennie, l'architecture d'une marque nationale. En 1996, au terme d'une période d'expérimentation conduite depuis le début des années 1990 au sein du Domaine de Labourdonnais, à Mapou, la structure prend officiellement son nom. Le capital de départ — dix mille roupies, trois employés, des confitures et des pâtes de fruits — n'avait alors rien d'un manifeste industriel. Il portait simplement, en germe, une ambition : révéler ce que le fruit mauricien a de meilleur.
De l'atelier à l'unité certifiée
Le passage à l'échelle industrielle ne s'est pas fait par rupture, mais par sédimentation. Au tournant des années 2000, une première unité de production est mise en place, et la marque amorce ses premières relations commerciales avec le secteur hôtelier — un ancrage B2B qui lui assurera, dès l'origine, une visibilité dans les établissements les plus fréquentés de l'île. La production de jus, alors modeste, s'établit autour de deux cents litres par jour.
C'est en 2007 que l'entreprise franchit un seuil décisif : modernisation de l'outil industriel, certification HACCP, et adoption d'un processus de production sous vide, permettant de préserver les qualités organoleptiques — goût, couleur, texture — des fruits transformés. Une avancée technique qui traduit une philosophie plus profonde. « Depuis nos débuts, nous avons toujours cherché à préserver l'essence de la marque : partir du fruit et en révéler le meilleur », souligne Réaz Gunga (photo) , General Manager Fruit Processing. « Notre développement s'est construit progressivement, en restant fidèle à notre savoir-faire et à nos engagements de qualité. »
Une gamme qui s'élargit, un ancrage qui se consolide
La décennie 2016–2020 marque une deuxième inflexion stratégique, celle de la diversification. Aux confitures et aux jus s'ajoutent sorbets, glaces, Fruixidoux, popsicles et pâtes de piment — autant de lignes qui permettent à la marque de toucher des registres de consommation plus larges, de l'hôtel de luxe à la grande surface, des boutiques hors taxes aux compagnies aériennes. Cette capacité à parler simultanément au touriste de passage et au consommateur local, à concilier identité mauricienne et accessibilité du quotidien, constitue sans doute l'un des actifs les plus précieux de la marque.
En 2012, Les Vergers de Labourdonnais rejoignent les rangs des membres fondateurs du label Made in Moris, affirmant ainsi leur engagement dans la valorisation du savoir-faire local. Une adhésion qui n'est pas seulement symbolique : elle ancre la marque dans un récit plus large, celui de la production insulaire de qualité, face aux importations standardisées.
Les hommes et les femmes d'une longévité
Trente ans, cela se mesure aussi en trajectoires humaines. L'usine emploie aujourd'hui près de quatre-vingts collaborateurs, dont une large proportion affiche plus de vingt-cinq ans d'ancienneté — un fait peu ordinaire dans un secteur souvent marqué par la volatilité des effectifs. « Au-delà des produits, ce sont les femmes et les hommes derrière la marque qui font sa force. Leur engagement et leur constance sont au cœur de notre réussite depuis 30 ans », insiste Réaz Gunga. Cette transmission intergénérationnelle du savoir-faire constitue, à bien des égards, le véritable capital immatériel de l'entreprise.
La dimension environnementale n'est pas absente de ce bilan. Depuis 2021 — année où la production de jus a atteint environ cinq mille litres par jour —, la marque a engagé une transition vers des emballages recyclables et mis en place des dispositifs de collecte, notamment pour les gallons de jus. Des initiatives encore en développement, mais qui témoignent d'une prise de conscience réelle des enjeux de durabilité.
Cap sur les trente prochaines années
L'anniversaire ne saurait être un simple moment commémoratif. Les Vergers de Labourdonnais affichent une ambition clairement offensive : consolider leur position de référence dans la transformation fruitière à Maurice, intensifier l'innovation produit et élargir leurs débouchés à l'export. Une marque qui, partie de si peu, s'est construite sur la durée — et entend bien en faire une méthode.