Le voyageur prudent a souscrit, au moment de réserver, une assurance annulation. Elle le couvre contre la maladie ou le vol manqué, parfois même contre le cyclone. La destination, elle, n'a rien signé. Aucun contrat ne protège une île des images qui circulent d'elle.
Depuis quelques jours, ces images font le tour du monde : un couvre-feu, des routes barrées. Paris, Londres et Ottawa ont actualisé leurs conseils aux voyageurs. Voilà les faits. On ne les grossira pas ici. On ne les taira pas davantage.
Maurice vend depuis un demi-siècle bien autre chose que des lagons. Elle vend une tranquillité, si familière qu'on ne prend plus la peine de l'imprimer sur les brochures. C'est tout le piège de ce qui va de soi : personne ne songe à l'assurer.
L'île a pourtant déjà encaissé des chocs. La crise du chikungunya, les alertes sanitaires à répétition, la pandémie qui a tenu nos frontières closes de longs mois, le Wakashio qui a souillé le lagon de Mahébourg en 2020 : ces coups-là venaient du dehors, et le monde les regardait avec compassion. Celui-ci vient de l'intérieur, et on ne le regarde pas du même œil.
Ce n'est pas une première. En février 1999, la mort du chanteur Kaya en cellule policière avait embrasé le pays plusieurs jours durant, et Maurice s'en était relevée. Mais il n'existait alors ni réseaux sociaux ni téléphones pour filmer chaque barrage. Aucune compagnie n'assure un pays contre lui-même, encore moins à l'heure où chacune de ses fièvres se diffuse en direct.
« Aucune compagnie n'assure un pays contre lui-même. »
Les hôtels tiennent leur rang, il faut le reconnaître : personnel hébergé sur place quand il le fallait, services maintenus. Mais un hôtel n'est pas une île. Le visiteur n'a pas traversé l'océan pour rester derrière un portail, il vient pour la route du Sud et le marché du samedi. Le tourisme n'a pas de murs assez hauts pour s'abstraire du pays qui le reçoit.
Deux exigences, dès lors.
La première est institutionnelle : informer régulièrement les partenaires étrangers de ce qui se passe, où, et de ce qui fonctionne, sur la foi d'informations vérifiées. Faute de quoi, ce sont les fils d'actualité qui informeront à notre place.
La seconde relève de la lucidité : comprendre que le tourisme n'est pas, ces jours-ci, en tête des préoccupations des Mauriciens. Il n'en est pas la première victime. C'est le pays qui l'est. L'image suivra.
Le calendrier, lui, n'attendra personne. La haute saison est là, et la Toussaint approche pour la France, premier marché de l'île avec plus de 226 000 visiteurs sur les neuf premiers mois de l'année. Dans les semaines qui viennent, la durée de ces troubles pèsera plus lourd que n'importe quel discours.
Il n'existe pas d'assurance tous risques pour une destination. La seule couverture de Maurice se paie en calme, chaque jour, par tout un peuple. Nous avions fini par la croire gratuite.
Jean-Joseph Permal
Rédacteur en chef, Île Maurice Tourisme
