Sydney Pierre a ouvert son intervention en replaçant le débat budgétaire dans une trajectoire d'endettement préoccupante. La dette publique, établie à environ 60 % du PIB en 2014 selon les données du FMI et de la Banque de Maurice, approcherait désormais les 90 %, une progression qui impose, selon lui, une vigilance accrue sur la soutenabilité des finances publiques. Il a rappelé que la recommandation du FMI est de ramener ce ratio en deçà de 75 %, et a regretté que le déficit de Rs 31 milliards mentionné dans le budget ne soit pas accompagné de chiffres actualisés depuis le gel du means test sur la pension.
L'école hôtelière doit rejoindre le ministère du Tourisme
C'est sur le tourisme que l'intervention a pris sa tonalité la plus directe. Sydney Pierre a déclaré militer, depuis son arrivée au ministère, pour que l'école hôtelière soit placée sous la tutelle du ministère du Tourisme et non du ministère de l'Éducation. Il a évoqué le rapport du DITES, dont la publication est imminente, comme un élément susceptible de conforter cette position. Trente ans de carrière dans l'industrie — dont des postes de senior vice-président et executive vice-président dans de grands groupes hôteliers mauriciens et internationaux, ainsi qu'une direction de conglomérat en Afrique — lui ont permis, a-t-il souligné, de mesurer l'inadéquation entre la formation dispensée et les besoins réels du secteur. Il a aussi noté que le branding de la destination, évoqué la veille par le ministre, n'apparaît pas dans le budget.
Pension universelle et pression fiscale
Le junior minister a pris une position claire sur la réforme de la Basic Retirement Pension : il est opposé à l'abandon du principe universel. Il a défendu l'idée que les personnes n'ayant pas besoin de cette pension peuvent être retrouvées par la fiscalité, sans qu'il soit nécessaire de soumettre l'ensemble des retraités à un test de revenus. Il a illustré son propos par le cas concret d'un citoyen ayant attendu l'âge de 60 ans pour percevoir sa pension, repoussé d'une année budgétaire à l'autre avant de se voir notifier un plafond de revenus.
Sur la fiscalité indirecte, il a pointé l'effet cumulatif des taxes sur les assurances auto et habitation, les produits de consommation et le tabac — non pour défendre ces consommations, a-t-il précisé, mais pour alerter sur l'érosion du pouvoir d'achat des ménages les plus exposés.
Banking Act et signaux envoyés aux investisseurs
Sydney Pierre a également attiré l'attention de l'Assemblée sur les modifications prévues à la Banking Act, notamment une disposition de l'annexe 30 permettant à la FCC d'exiger la divulgation d'informations bancaires sans ordonnance d'un juge. Il a estimé que cette mesure, même si les motivations sont compréhensibles, risque d'envoyer un signal négatif aux investisseurs et entrepreneurs envisageant de s'établir à Maurice.
Il a conclu en défendant la contribution des juniors ministres, souvent critiqués, et en réaffirmant que leur expertise sectorielle constitue un levier que le gouvernement aurait intérêt à mieux mobiliser.
